Avertir le modérateur

collegium international

  • Collegium international:"Appel pour une gouvernance mondiale solidaire et responsable"

    Collegium international:"Appel pour une gouvernance mondiale solidaire et responsable"

    "Appel pour une gouvernance mondiale solidaire et responsable". Le 6 mars, le Club suisse de la presse recevait M. Michel Rocard, ancien Premier ministre de la France, président du Collegium International éthique, politique et scientifique, M. Stéphane Hessel, ambassadeur de France, Mme Mireille Delmas-Marty, juriste, professeur au Collège de France, membre de l'Académie des sciences morales, M. Bernard Miyet, diplomate, ancien Secrétaire général adjoint de l'ONU, M. Sacha Goldman, Secétaire général du Collegium International éthique, politique et scientifique, qui ont lancé l'"Appel pour une gouvernance mondiale solidaire et responsable", dont voici le texte intégral.

    Stéphane Hessel, l'auteur de "Indignez-vous" vendu à plus de 4 millions d'exemplaires dans le monde, ici au Club Suisse de la presse, le mardi 6 mars 2012. Photo Réveil FM

    1. Une « polycrise ».

    Nous devons faire face à une conjonction de crises d'envergure mondiale qui est sans précédent dans l’histoire : épuisement des ressources naturelles, destruction irréversible de la biodiversité, dérèglements du système financier mondial, déshumanisation du système économique international, famines et pénuries, pandémies virales, désagrégations politiques… Or aucun de ces phénomènes ne peut être considéré isolément. Ils sont tous fortement interconnectés et forment une seule «polycrise» menaçant ce monde d'une «polycatastrophe». Il est temps de prendre la mesure systémique du problème, pour lui apporter enfin des solutions intégrées – premiers jalons pour redéfinir les principes qui devront inspirer à l'avenir la conduite globale des affaires humaines.

    2. Reconnaître nos interdépendances.

    Parce que ces grandes crises du 21è siècle sont planétaires, les hommes et femmes du monde entier doivent reconnaître leurs interdépendances multiples (entre Continents, Nations, Individus). Catastrophes survenues et catastrophes imminentes : dressée au carrefour des urgences, il est temps pour l'humanité de prendre conscience de sa communauté de destin. Point d'effet papillon ici, mais la réalité, grave et forte, que c'est notre maison commune à tous qui menace de s'effondrer – et qu'il ne peut y avoir de salut que collectif.

    Leçon de la mondialisation par excellence, nul de nos États ou aucune Institution internationale n’est plus aujourd’hui en mesure de faire respecter un ordre mondial et d’imposer les indispensables régulations globales. La fin des tentations impériales, le glas de la seule domination occidentale et l'intervention croissante d'acteurs non-gouvernementaux marquent aujourd'hui les limites de la notion de souveraineté étatique et l'échec de son expression internationale : l’inter-gouvernementalisme. Les intérêts nationaux ne peuvent être sauvegardés que par des mesures communes à tous, alors que trop souvent, les égoïsmes locaux transforment la scène internationale en forum de marchandages souvent sordides. Que ce soit en matière de protection de l'environnement ou de lutte contre le réchauffement climatique, de stabilisation des échanges de matières premières et produits de base, de planification des ressources énergétiques, de réduction des déséquilibres économiques et commerciaux, de régulation et de contrôle des marchés financiers, comme à propos conséquences potentiellement déstabilisatrices des flux migratoires, de l'accroissement des inégalités ou des exclusions sociales, la sécurité collective se heurte à l’inévitable myopie des intérêts nationaux.

    Dans ce jeu à somme nulle, chaque concession parait toujours vécue comme une défaite. Même derrière la promotion de la multipolarité ne se dissimule trop souvent que l’équilibre précaire des aspirations nationales à la domination. Pour remédier à cet écueil, il convient d'élaborer des modèles d’organisation alternatifs à l'hégémonie, à la fois intégrés et pluralistes.

    3. Repenser les principes juridiques internationaux.

    Pour instaurer une gouvernance mondiale digne de ce nom, c’est-à-dire qui trouve sa cohérence à l’échelle globale, il importe de transformer le droit international en droit commun de l’humanité en repensant les principes suivants:

    - faire évoluer celui de la souveraineté vers la souveraineté partagée ;

    - redéfinir celui de la compétence territoriale pour rendre possible une Justice à vocation universelle ;

    - renforcer celui de la sécurité internationale, dans le prolongement du « devoir de protéger les populations » invoqué par le Conseil de sécurité à propos des massacres en Lybie, en élargissant la sphère de protection au-delà de la violence armée par la reconnaissance d'un devoir à l’égard des générations futures et de la biosphère.

    Car une véritable gouvernance mondiale ne pourra se développer qu'à condition de surmonter l'écueil des compromis dictés par les seuls marchandages entre intérêts particuliers, puis de bâtir des mécanismes de prise de décisions politiques planétaires – dans l’intérêt de l’humanité, comprise comme une communauté non plus internationale, c’est-à-dire interétatique, mais mondiale, c’est-à-dire interhumaine.

    4. Affirmer un principe nouveau.

    Le premier pas vers cette communauté mondiale, la condition préliminaire pour le processus de métamorphose dans laquelle naitrait une société-monde d'un type nouveau dont l'unité, tout en formant une Terre-Patrie, entretiendrait la diversité des patries et des cultures est d’associer les divers acteurs, étatiques et non étatiques, individus et organisations, à la reconnaissance universelle d’un principe nouveau qui résulte de l’interdépendance, celui d'intersolidarité planétaire. Inscrit dans le prolongement des grands textes internationaux (de la Déclaration universelle des droits de l’homme au statut de la Cour pénale internationale, en passant par les biens publics mondiaux), ce principe devra à la fois préserver la diversité dans un esprit de tolérance et de pluralisme, et résister au relativisme qui conduit à la déshumanisation. Loin d’opposer le principe-responsabilité au principe-espérance, le principe d’intersolidarité les réconcilie afin que la peur engendre la solidarité et que la responsabilité s’ouvre à l’espérance.

    5. Prendre trois mesures d’urgence.

    A force d'oublier l'essentiel pour l'urgence, on oublie l'urgence de l'essentiel. Pour éviter la répétition de crises économiques et financières de plus en plus graves et déstabilisatrices, l’intersolidarité doit se traduire d’urgence par la mise en oeuvre des mesures demandées par la société civile et nombre de Parlements, voire annoncées par plusieurs gouvernements, mais enterrées en pratique sous le poids des lobbies bancaires et financiers :

    -l’éradication effective des paradis fiscaux ;

    - la séparation des banques de dépôt et d’investissement spéculatif ;

    - la taxation des transactions financières.

    6. Relancer des négociations fondamentales.

    L'intersolidarité doit également conduire la communauté internationale à reprendre le fil des négociations relatives aux mesures à prendre pour réguler et contrôler une économie mondialisée tout en assurant un développement durable équilibré et une réduction des inégalités inter-étatiques comme intra-étatiques. Cette ambition louable et légitime qui visait à mettre en place un nouvel ordre économique international plus juste et plus stable, condition essentielle d'une sécurité internationale, a hélas été sacrifiée à partir des années 80 sous la pression de théories néolibérales dont on mesure l'ampleur des dégâts aujourd'hui.

    Elle doit en outre s'exprimer au travers d'une relance des discussions et d'une prise de décisions rapide sur les problèmes à résoudre à brève échéance pour la survie de la planète: sauvegarde de la biosphère, suppression des armes de destruction massive, contrôle de l'énergie nucléaire.

    7. Respecter quatre conditions permanentes.

    La mise en œuvre effective suppose :

    - de réaffirmer l'ensemble des droits fondamentaux des individus présents, de les étendre aux générations futures et d’en renforcer l’application dans les limites nécessaires, dans une société démocratique mondiale, au respect de l'ordre public national et supranational ;

    - de reconnaître que la détention d'un pouvoir d’échelle globale, qu'il soit économique, scientifique, médiatique, religieux ou culturel, implique le corollaire d'une responsabilité globale, c'est-à-dire étendue à tous les effets de ce pouvoir ;

    - d'inciter les Etats souverains à reconnaître la nécessité d'intégrer l'ordre public supranational à la défense des valeurs et intérêts communs dont ils sont l'indispensable support ;

    - de favoriser le développement des institutions représentatives des communautés internationales régionales, en même temps que de renforcer la Communauté mondiale et l'émergence d'une citoyenneté globale afin d'élaborer une politique commune pour la régulation des flux ainsi que la prévention des risques et la répression des crimes.

    Appel.

    Nous appelons donc à la création d'un creuset politique où puissent se définir concrètement les intérêts supérieurs de l'humanité, un lieu où puissent s'exprimer la diversité et la sagesse des cultures, à travers des représentants de la société civile et des autorités morales, intellectuelles et scientifiques.

    Nous appelons les représentants des Etats à faire pression sur l'Assemblée Générale de l'ONU, afin d'aboutir à l'adoption d’une « Déclaration universelle d’interdépendance » qui se donne comme objectif de faire respecter le devoir de protection des populations contre les risques, présents et à venir, et de responsabiliser les divers acteurs de la mondialisation. Nous appelons, en somme, à retrouver l'esprit pionnier de la Charte des Nations-Unies qui proclamait « Nous les peuples. »

     

    Signataires, membres du Collegium International :

    Edgar Morin, Michel Rocard, Mireille Delmas-Marty, Richard von Weitzsäcker , Milan Kučan, Stéphane Hessel, Fernando Henrique Cardoso, René Passet, Peter Sloterdijk, Bernard Miyet, Patrick Viveret, Ahmedou Ould Abdalah, Ruth Dreifuss, William van den Heuvel, Michael W. Doyle…(en attente : d’autres signataires…)

  • Collegium international: Michel Rocard défend une autre gouvernance !

    Collegium international: Michel Rocard défend une autre gouvernance !

    L’ancien premier ministre français était à Genève pour relayer l’appel du Collegium international. Michel Rocard était aux côtés de Stéphane Hessel, à Genève, pour présenter l’«Appel pour une gouvernance mondiale solidaire et responsable» rédigé par le Collegium international. Il s’agit d’une synthèse d’une réflexion très dense conduite par des intellectuels et d’anciens responsables politiques qui sont arrivés à la conclusion qu’il faut engager un «processus de métamorphose» vers une «communauté mondiale».

    Mardi 6 mars, Michel Rocard, l'ancien premier ministre français était au Club Suisse de la presse à Genève. Photo Réveil FM

    «J’ai conscience que parler de la gouvernance mondiale en ce moment est incongru», admet l’ancien premier ministre français. «Mais ne nous prenez pas pour des rêveurs oiseux qui ne savent pas se battre» a-t-il prévenu. Le Collegium international, dont il se fait le porte-voix, préconise entre autres la mise entre parenthèses du concept d’Etat-nation. Il serait «largement dépassé» parce qu’incapable de faire face aux défis de «l’interdépendance» dans un monde globalisé. Michel Rocard en distingue quatre: le réchauffement climatique, les bulles financières, la montée du chômage et de la précarité, la nouvelle criminalité.

    Le diagnostic n’est pas nouveau. Les auteurs veulent juste dégager des pistes et susciter le débat. Leur appel est-il audible? «Il faut qu’il le devienne», rétorque Michel Rocard. Et d’enchaîner: «Notre force réside dans la montée en puissance de l’inquiétude planétaire.» L’ancien premier ministre français fonde de grands espoirs sur l’émergence d’une opinion mondiale et d’une société civile plus forte. «La solution, ce n’est pas la création d’un gouvernement mondial. Il serait redouté et l’humanité est trop diverse. Il faut plutôt améliorer ce qui existe», explique-t-il.

    Au final, ce qui est mis sur la table, c’est une réflexion autour d’une réforme de l’ONU, qui portait à sa création les mécanismes de gouvernance mondiale. «On a détruit ce système sur les mérites supposés de l’ultralibéralisme», rappelle Michel Rocard qui défend aujourd’hui «le principe de l’intersolidarité à l’échelle planétaire».

    C'est quoi le Collegium International ?

    Le Collegium international éthique, scientifique et politique est une association basée en France qui a été fondé en 2002 par Milan Kucan, président de la Slovénie, Michel Rocard, ancien premier ministre français, co-présidents, Stéphane Hessel, vice-président, et Sacha Goldman, secrétaire-général. Il rassemble des femmes et des hommes d'État, des philosophes, des savants des cinq continents.

    Le Collegium international souhaite trouver des réponses intelligentes et appropriés qu'attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps.

    Un appel pour l'établissement du Collegium fut rendu public en février 2002 à New York et ses membres ont été officiellement présentés le 2 avril 2003 à Bruxelles devant le Parlement européen. Les membres du Collegium et les membres associés, les signataires de l'Appel, sont des scientifiques, des philosophes et d'anciens ou actuels chef d'Etat et de Gouvernement.

    Coprésidé par Michel Rocard, ancien Premier Ministre de la France, et Milan Kucan, qui lors de la fondation du Collegium était Président de la République de Slovénie, le groupe inclut : les anciens Présidents Fernando Henrique Cardoso du Brésil et Alpha Oumar Konaré du Mali ; Ruth Dreifuss, ancienne conseillère fédérale de la Suisse ; les philosophes Edgar Morin, Jürgen Habermas et Jean-Pierre Dupuy ; le professeur de droit international Mireille Delmas-Marty ; l'ancien Président d'Irlande et Haut Commissaire pour les Droits Humains à l'ONU Mary Robinson ; les économistes lauréats du prix Nobel Joseph Stiglitz et Amartya Sen, l'ancien ambassadeur de la France à l'ONU Stéphane Hessel, qui était aussi présent à la création des Nations unies, l'ancien ambassadeur des États-Unis William vanden Heuvel. Les autres membres du Collegium international sont, entre autres Henri Atlan, Jacques Robin, René Passet, Wolfgang Sachs et Ahmedou Ould-Abdallah. Son Secrétaire Général est Sacha Goldman, producteur de film.

    Lettres ouvertes, réunions publiques, conférences, etc.

    Septembre 2004 : Lettre ouverte aux Candidats des Election Présidentielle des États-Unis en 2004, le Président George W. Bush et le Sénateur John Kerry, publié dans The Nation, revue hebdomadaire américaine.

    Le 24 octobre 2005, à l'occasion du 60e anniversaire des Nations unies, le Collegium international éthique, scientifique et politique a présenté un texte appelé « Déclaration Universelle d'Interdépendance » au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et au président de l'assemblée générale des Nations unies, Jan Eliasson.

    Mars 2007 : table ronde à Genève sur la réalisation des droits économiques, sociaux et culturels

    28 septembre 2007 : table ronde à Paris sur la thématique Science et politiques.

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu