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collégienne kosovare expulsée : les détails d'un incident contro

  • Collégienne kosovare expulsée : les détails d'un incident controversé

    Collégienne kosovare expulsée : les détails d'un incident controversé

    L'arrestation et l'expulsion d'une collégienne kosovare de 15 ans, Leonarda, il y a une semaine, n'en finit pas de faire réagir. Alors que de nombreux responsables de gauche se sont indignés contre une opération de police jugée "insupportable", le PS a demandé que soient "clairement établies (...) les circonstances et les responsabilités" dans cette intervention, qui a donné lieu à des interprétations différentes entre le ministère de l'intérieur et la préfecture d'un côté, et Réseau éducation sans frontière (RESF, collectif d'associations militant contre l'éloignement d'enfants étrangers scolarisés en France) de l'autre.

    Joint par Le Monde, le cabinet du ministre de l'intérieur a confirmé qu'il s'agissait d'une "famille kosovare" dont les demandes d'asile en France ont été rejetées, comme souvent pour les ressortissants de ce pays. Dans un communiqué envoyé mardi soir 15 octobre, Manuel Valls affirme appliquer "avec fermeté les décisions d'éloignement tout en veillant scrupuleusement au respect des droits des étrangers qui font l'objet d'une mesure d'éloignement".

    Selon la préfecture, la famille est entrée irrégulièrement en France le 26 janvier 2009. Leur première demande d'asile est rejetée par l'Office française de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 20 août 2009 puis, en appel, par la Cour nationale du droit d'asile, le 31 janvier 2011. Deux mois plus tard, elle dépose une demande de réexamen, à nouveau écartée. La préfecture prononce alors, en septembre 2011, un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire, confirmé par le tribunal administratif le 26 janvier 2012, puis par la cour administrative d'appel de Nancy, le 21 février 2013.

    La famille tente enfin une demande de régularisation au titre de la circulaire Valls du 28 novembre 2012 sur "l'admission exceptionnelle au séjour des étrangers en situation irrégulière". En vain. La préfecture affirme que ses membres "ne remplissaient pas les critères de résidence prévus par cette circulaire" (car ils n'étaient pas en France depuis suffisamment longtemps), et "présentaient d'insuffisantes perspectives d'intégration sociale et économique".

    EXPULSION DU PÈRE, PUIS DE LA MÈRE ET DES ENFANTS

    La situation évolue brutalement le 4 septembre, lorsque le père est contrôlé lors d'un déplacement à Colmar, puis placé dans un centre de rétention administrative. Parallèlement, sa famille restée dans le Doubs est assignée à résidence, en application d'une autre circulaire Valls, du 6 juillet 2012, destinée à éviter le placement des enfants en rétention.

    Selon la préfecture, à ce moment-là, "des membres d'associations soutenant la famille ont expressément demandé de veiller à ce que celle-ci soit regroupée", mais il "n'a pas été possible de la réunir le même jour sur un même vol à destination du Kosovo". Le père est donc expulsé le 8 octobre, et l'éloignement de la famille est programmé le lendemain, dans un vol au départ de Lyon à 13 heures.

    Mais, "si la mère et cinq de ses enfants étaient présents (...), l'une des filles, âgée de 15 ans, était absente, car elle avait dormi à l'extérieur du domicile familial et se trouvait dans un bus qui s'apprêtait à partir pour visiter une entreprise locale à Sochaux", explique la préfecture.

    PAS DANS LE CADRE SCOLAIRE

    Pour la suite, les versions de la préfecture, du ministère et de RESF ne divergent pas fondamentalement sur le déroulement des événements, mais plutôt sur leur interprétation. D'après le ministère de l'intérieur, l'adolescente est jointe dans le car par l'ancien maire de Levier, actif dans le comité de soutien à la famille. Il se trouve en présence de sa mère et explique à la collégienne la situation. Le bus s'arrête en chemin, sur le parking d'un collège. La jeune fille est prise en charge par les policiers venus la chercher, qui la ramènent ensuite à sa famille.

    La préfecture ne pouvait pas laisser cette jeune fille seule en France, se défend le cabinet de M. Valls. Selon lui, les policiers ne sont à aucun moment intervenus au sein du car d'un établissement scolaire ou en présence d'autres élèves. "Les choses se sont déroulées sans coercition et sans incident", a affirmé le secrétaire général de la préfecture, Joël Mathurin. Dans l'entourage du ministre de l'intérieur, on reconnaît toutefois que "les situations d'éloignement des familles sont toujours particulièrement difficiles".

    "TOTALEMENT INHUMAIN"

    Selon le récit d'une enseignante présente dans le car, recueilli par RESF, le maire de Levier a en effet téléphoné à l'adolescente et parlé ensuite aux professeurs pour leur demander d'arrêter immédiatement le véhicule. "Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais ça totalement inhumain", a raconté cette enseignante, Mme Giacoma, citée dans un article mis en ligne par RESF.

    D'après Mme Giacoma, l'autocar s'est finalement arrêté sur le parking du collège Lucie-Aubrac, où des policiers sont venus chercher la jeune fille, hors de vue de ses camarades. "Les élèves et les professeurs ont été extrêmement choqués et j'ai dû parler à nouveau de ce qui s'était passé le lendemain pour ne pas inquiéter les élèves et les parents", selon Mme Giacoma.

    Les professeurs du collège et du lycée de Pontarlier où étaient scolarisées Leonarda et une des sœurs se sont déclarés "profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue", et ont demandé "le retour immédiat des enfants en France pour leur sécurité".

    Les professeurs du collège et du lycée de Pontarlier où étaient scolarisées Leonarda et une des sœurs se sont déclarés "profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue", et ont demandé "le retour immédiat des enfants en France pour leur sécurité".
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