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  • Christiane Taubira, la Garde des Sceaux est un électron libre à la Justice !

    Christiane Taubira, la Garde des Sceaux est un électron libre à la Justice !

    Novice au gouvernement, la ministre de la Justice se révèle, à travers ses prises de position toujours tranchées, être une femme combative. Et très indépendante.

    JUSTICE - "Ils peuvent toujours la taper, ces cons, elle est inébranlable!" confie Bernard Tapie à L'Express, évoquant les critiques dont Christiane Taubira est victime depuis sa prise de fonction.

    Dans une interview accordée à Libération hier mardi, Christiane Taubira affiche des positions très tranchées, notamment sur les centres éducatifs fermés. La ministre de la Justice y affirme aussi ses ambitions avec fermeté, voire autorité, à l'image de sa personne. Grande surprise du gouvernement Ayrault, la Guyanaise est paradoxalement l'un des personnages les mieux armés pour affronter la dureté de la vie politique.

    Dans ses Mémoires, Mes météores(Flammarion), elle avoue avoir "grandi dans une cour des Miracles" en Guyane, où elle a eu une enfance pauvre et difficile qui lui a forgé le caractère. "Christiane Taubira n'est pas gentille, elle n'a rien d'angélique. Elle est dure, autoritaire", assure dans Libération l'historien Pascal Blanchard, ami de la ministre. En politique, Christiane Taubira est réputée pour sa rugosité. Une femme de poigne qui reste insensible au feu de la critique.

    "Elle est inébranlable"

    Depuis son entrée au gouvernement en mai, la garde des Sceaux résiste à toutes les attaques, même les plus virulentes assénées par la droite. Accusée de "laxisme" par l'UMP ou de donner "mal à la France" pour reprendre les mots de Jean-Paul Garraud, membre de l'aile droite de l'UMP, Christiane Taubira ignore ou rétorque avec fougue.

    "D'habitude, quand la boule puante arrive, je cogne et je la renvoie", confie d'ailleurs la ministre. Lorsqu'elle annonce la suppression des tribunaux correctionnels pour mineurs, les critiques pleuvent. Mais Christiane Taubira encaisse les coups avec le sourire et dénonce sur son blog "ce tapage qui se veut intimidant mais ne saurait occulter l'essentiel".

    "Ils peuvent toujours la taper, ces cons, elle est inébranlable!" confie à L'Express en mai dernier Bernard Tapie, son colistier aux élections européennes de 1994. "Elle a une volonté de fer, et des convictions qu'elle défend en se battant", estime l'homme d'affaires. Ainsi, elle se bat pour voir l'esclavage classé au rang de crime contre l'humanité. C'est chose faite en 2001 avec la loi Taubira.

    Un électron libre ambitieux

    Cette carapace, la ministre de la Justice se l'est créée pour forger son parcours politique. "Si vous n'êtes pas brutale en tant que femme, vous n'êtes pas élue. En tant que Noire, vous n'existez pas. En tant que domien, vous restez à la marge", résume Pascal Blanchard.

    Son trajet en politique est marqué par un individualisme prononcé et une grande ambition. En 1993, elle est élue députée de Guyane sous l'étiquette du parti local Walwari, classé à gauche. Ce qui ne l'empêche pas de voter la confiance du gouvernement Balladur la même année. Un an plus tard, c'est sous les couleurs du Parti radical de gauche (PRG) qu'elle s'engage aux européennes.

    Christiane Taubira n'a peur de rien et le prouve en 2002, lorsqu'elle se présente aux élections présidentielles contre Lionel Jospin. Aux yeux de certains socialistes, ses 2,32% seront longtemps marqués - comme les 5,33% de Jean-Pierre Chevènement- du sceau de l'infâmie pour avoir précipité la défaite du Premier ministre PS.

    En 2007, la députée de Guyane finit par soutenir Ségolène Royal mais accepte quelques mois plus tard une mission que lui confie Nicolas Sarkozy sur les échanges économiques avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. A la primaire socialiste de 2011, la ministre de la Justice, pourtant membre du PRG, soutient Arnaud Montebourg au détriment de Jean-Michel Baylet, président du Parti Radical.

    Son entrée au gouvernement n'adoucit guère son caractère. En quelques semaines, ses relations avec sa ministre déléguée Delphine Batho - au tempérament tout aussi trempé- tournent au vinaigre. A l'occasion du remaniement, la seconde est prestement réorientée vers le ministère de l'Ecologie.

    De même, dans l'entretien accordé à Libération hier mardi, elle renvoie prestement la question du démantèlement des camps roms à son collègue de l'Intérieur, Manuel Valls.

    Une ministre de la Justice indépendante

    C'est bien pour son caractère que François Hollande a choisi Christiane Taubira comme ministre de la Justice. "La nommer à la chancellerie, quand on a, comme Hollande, fait campagne pour une justice indépendante, c'est un vrai signal", assure Bernard Tapie à l'Express. Bien que novice sur les questions de justice, Christiane Taubira est réputée pour être une grosse bosseuse. Elle a d'ailleurs déjà saisi à bras le corps quelques grands dossiers comme la suppression des peines planchers.

    Elle est appréciée des syndicats de la Justice aussi bien pour sa feuille de route que pour son style affable. "Nous nous sommes rencontrés le 29 mai lors d'un entretien d'une heure dans son bureau. L'échange a été courtois et détendu. Elle prenait des notes sur un calepin. Alors qu'elle venait d'être nommée, elle m'a parue extrêmement au fait des problématiques judiciaires", avait confié Christophe Régnard, président de l'Union Syndicale des Magistrats dans une interview au Nouvel Obs.

    Il faut sortir du «fantasme» selon lequel les Centres éducatifs fermés (CEF) constituent «la» solution en matière de délinquance juvénile, a jugé la ministre française de la Justice, semblant remettre en cause l'engagement de François Hollande d'en doubler le nombre.

    Christiane Taubira a déclaré mardi dans les colonnes de Libération avoir arrêté la transformation de 18 foyers en CEF et avoir lancé une inspection d'évaluation sur ces centres. «Il faut sortir du fantasme CEF. Il faut arrêter de dire que c'est 'la solution'», a estimé la Garde des sceaux, se disant ouverte aux solutions d'accueil en milieu ouvert où le taux de non-récidive serait selon elle de 80%.

    Le candidat à l'élection présidentielle François Hollande s'était engagé à doubler le nombre de ces centres. «Je doublerai le nombre de centres éducatifs fermés pour les mineurs condamnés par la justice en les portant à 80 durant le quinquennat», indiquaient ses engagements de campagne.

    «Les courtes peines génèrent de la récidive»

    Christiane Taubira s'est par ailleurs montrée très critique envers les courtes peines de prison, en partie responsables selon elle de la surpopulation carcérale et du taux important de récidive des délinquants. «Il y a des années qu'on sait que la prison sur les courtes peines génère de la récidive, c'est presque mécanique. Il faut arrêter! Ca désocialise, ça coûte cher et ça fait de nouvelles victimes», a-t-elle fait valoir.

    Elle a aussi assumé la décision de nommer Philippe Courroye, magistrat emblématique de l'ère Sarkozy, au parquet général de Paris. «Je suis Garde des sceaux, je prends mes responsabilités», a-t-elle indiqué.
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