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  • Afrique du Sud: Au nom du changement !

    Afrique du Sud: Au nom du changement !

    Kgosiensto Ramokgopa, maire de la ville vient de l’annoncer : à partir de la fin 2012, Pretoria capitale de l’Afrique du Sud, sera officiellement rebaptisée Tshwane. Pretoria capitale de l’Afrique du Sud devient Tshwane. Cette nouvelle fait la Une du jour du quotidien Pretoria News. Et quelle nouvelle ! C’est la fin d’un combat qui dure depuis plusieurs années : d’ici la fin 2012 le nom Pretoria disparaitra pour laisser place à celui de Tswane. C’est toute la ville qui subira ce changement, puisque les principales artères de Tswane porteront désormais des noms de héros de la lutte antiapartheid.

    Pretoria capitale de l’Afrique du Sud devient Tshwane.

    Oliver Tambo Parade remplace Marine Parade

    Pretoria le nom actuel de la ville, avait été adopté en 1855 par les Boers, pionniers blancs d’Afrique du Sud originaires des régions néerlandophones d’Europe. Après quelques hésitations, les Boers choisissent d’honorer leur héros Afrikaner Andries Pretorius, un boer responsable de la mort de milliers de Zoulous, lors de la bataille de Blood River en 1838.

    Le long combat Toponymique

    Dés son arrivée au pouvoir en 1994, le Congrès national africain (ANC) entame les démarches pour changer de nom et adopter celui de Tshwane.

    En 2003, une première décision est prise, mais elle s’oppose à la protestation massive des habitants afrikaners de Pretoria. La ville étant à majorité blanche, la tache s’annonce plus ardue qu’elle n’y semblait.

    Le problème est que ce changement n’est pas anodin, il engendre des coûts colossaux.

    En 2005, la somme de 256 millions de dollars est avancée et les contribuables blancs se saisissent de l’argument financier pour s’opposer au projet. Le 21 mai 2005, suite à une pétition ayant recueillie plus de 30 000 signatures des habitants de la ville, une manifestation est organisée par les Afrikaners.

    S’ensuit alors une bataille administrative et législative de plusieurs entre les partisans de Pretoria et ceux de Tshwane.

    Le terme Tshwane, désignant une municipalité de la province du Gauteng (englobant Pretoria, sa banlieue et d’autres localités des environs), fondée en 2 000 et comptant 2,5 millions d’habitants, est depuis lors employé par le gouvernement pour désigner la capitale de manière plus ou moins officielle…

    Dernier acte de ce combat : en janvier 2010, le ministre de la Culture, Lulama Xingwana, fait mentionner dans le Journal officiel sud-africain le changement de nom de Pretoria avant de se raviser par un correctif publié la semaine suivante.

    Ce mardi 22 novembre, le changement est devenu officiel et désormais connu du monde entier : Pretoria devient Tshwane.

    Une nouvelle victoire pour les autorités locales de l’ANC, dans leur volonté d’eradiquer définitivement toutes traces d'apartheid, en renommant notamment certains lieux portant des noms Afrikaners.

    L’ont-ils seulement remarqué ? La plupart des étudiants de Rhodes University, à Grahamstown, continuent d’aller retirer de l’argent ou de surfer sur le web à « The Union ». Leur building vient pourtant d’être renommé « Bantu Steve Biko », en hommage au célèbre chantre de la « conscience noire », mort sous la torture dans les années 1970…

    Mais les étudiants prêtent-ils encore attention à ces changements sémantiques, auxquels ils sont désormais habitués ? Leur propre ville, très liée au passé britannique de l’Afrique du Sud, pourrait d’ailleurs s’appeler iRhini dans quelques années, et la communauté de communes qui la chapeaute se nomme déjà Makana, du nom d’un guerrier xhosa du XIXe siècle...

    Grahamstown change. Le pays change. Ses noms de rues, d’avenues, de théâtres ou de stades aussi. Ses cartes routières enfin, vite devenues obsolètes. Polokwane (Limpopo), où l’équipe de France affronte ce soir le Mexique en Coupe du monde de foot, s’appelait encore Pietersburg il y a dix ans. « Nous sommes les mêmes », rappelle-t-on aujourd’hui à Pretoria en ne communiquant plus désormais que sur Tshwane, le nom southou de la communauté de communes.

    « A la demande de ses habitants, Verwoerdburg, dans la banlieue de Pretoria, est devenue Centurion, ajoute Georges Lory, délégué général des Alliances françaises, dans L’Afrique du Sud, l’un des derniers ouvrages de référence consacrés, en français, au pays de Mandela (Editions Karthala).

    L’infamant John Vorster Square, où certains détenus préférèrent le suicide à la torture, est devenu de façon neutre le Johannesburg Central Police Station.

    Les aéroports ont perdu toute référence à des Premiers ministres afrikaners, les hôpitaux ont gagné quelques martyrs, comme à Soweto le Chris Hani Baragwanath Hospital.

    Les navires de guerre ont été débaptisés, tel le PW Botha, devenu de façon tout aussi guerrière le Shaka. »

    D’une offense à l’autre

    A dire vrai, la plupart des procédures de changements de noms sont comprises et acceptées par la majorité des Sud-Africains.

    D’autant mieux qu’elles sont surtout symboliques, forcément nécessaires dans certains cas et rarement excessives. La municipalité de Durban communique ainsi sur la double dénomination Durban-eThekwini…

    Le système y est dual, comme en Australie, au Canada ou en Slovénie.

    « Mais dans certaines provinces, l’équipe au pouvoir a changé les noms de villes ou villages sans véritable consultation, ni considération de l’histoire locale, déplorait le 8 avril 2007, devant la 52e conférence de l’ANC à Polokwane, Jan Bosman, l’un des leaders de la Ligue des frères afrikaners, une société anciennement secrète dont le but était la promotion de la nation blanche afrikaner.

    Renommer une rue ou un aéroport parce qu’il était offensant pour un groupe peut le devenir pour un autre groupe… »

    Et s’il avait un peu raison ? Une ado « previously disavantaged » (1) interrogée au Cap par l’équipe d’Ubumi le suggérait il y a quelques mois en s’étonnant du choix des nouveaux noms effectué : « C’est utiliser les mêmes méthodes que les régimes précédents… Des noms neutres pourraient être choisis, pas systématiquement liés aux ethnies noires. C’est trop frontal. Bien sûr que c’est offensant. Et fragile : qui sait combien de temps l’aéroport de Johannesburg portera le nom d’OR Thambo ? »

    Dans le Limpopo, Makhado (en hommage à un roi venda) a été un temps préféré à Louis-Trichardt, du nom d’un ancien leader du Grand Trek, au XIXe siècle (lire l’excellent papier de Sabine Cessou, in Libération, 4 juin 2010).

    « C’est là que le bât blesse, déplore Jaco Kleynhans, au syndicat afrikaner Solidarity.

    Si on comprend certains changements, d'autres remplacent des noms de personnalités historiques ne représentant en rien l’Apartheid. On veut nous aliéner ! »

    Son sentiment d’injustice est largement partagé. La politique de changements de noms, coûteuse, fait débat en Afrique du Sud, chez les Blancs comme chez les Noirs.

    Ubumi n’y prend pas part. Ubumi souhaite juste soulever les questions relatives à la construction d’une nouvelle nation, d'une identité : nécessite-t-elle de déboulonner une statue, de la remplacer par une autre et d’entourer cette dernière de grilles infâmes pour la protéger d’une vengeance promise… et inévitable ?

    C’est en tout cas la voie choisie pour le moment par la mairie de Louis-Trichardt-Makhado…

    (1) Littéralement, "anciennement désavantagé" : dénomination politiquement des "non blancs" qui ont souffert du régime d'Apartheid.

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