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cécile kyenge "l'étrangère" du gouvernement italien

  • Cécile Kyenge "l'étrangère" du gouvernement italien, le MRAP s'indigne des propos racistes à l'endroit de la ministre italienne !

    Cécile Kyenge "l'étrangère" du gouvernement italien, le MRAP s'indigne des propos racistes à l'endroit de la ministre italienne !

    Le MRAP s’indigne des propos racistes dont est victime la Ministre de l’immigration de la République Italienne et lui exprime toute sa solidarité. Le MRAP s’indigne des propos racistes répétés, tenus contre Cécile Kyenge, Ministre de l’immigration de la République Italienne. Ces propos répétés sont une tâche pour un pays fondateur de la CEE, ancêtre de l’Union européenne, sur le sol duquel avait été signé le Traité de Rome qui avait déjà en 1957, l’ambition de bannir les discriminations en Europe.

    Mardi 18 juin 2013, Cécile Kyenge, Ministre italienne de l'immigration et intégration à l'ONU-Genève. Photo Réveil FM

    Nommée en avril dernier ministre de l’immigration, Cécile Kyenge, Italienne d’origine congolaise, est la première ministre noire jamais en fonction en Italie. Depuis le début de sa nomination, elle a été la victime des injures et allusions racistes les plus ignobles. Traitée de « singe congolais » ou encore « Négresse », elle a surtout été la cible de la Ligue du Nord, parti d’extrême droite, régionaliste et raciste implanté dans le nord de l’Italie et représenté au Parlement européen.

    Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) est une association française non gouvernementale, créée en 1949 par d'ancien résistants et déportés de la Seconde Guerre mondiale, qui se définit comme un moyen de revendication pour « l'égalité des droits entre tous les citoyens »

    Il n’est pas acceptable que des personnes titulaires de mandats publics telles que Dolores Valandro, représentante de la Ligue du Nord ou encore Robert Calderoli, membre du même parti, vice-président du Sénat italien, ancien ministre de l’Intérieur, puissent tenir en toute impunité, à l’endroit de Cécile Kyenge, des propos racistes, injurieux et provocateurs à la haine et à la violence.

    Le MRAP condamne fermement ces expressions racistes inadmissibles et choquantes et se déclare solidaire du combat que mène Cécile Kyenge, pour l’instauration du droit du sol en Italie.

    La lutte contre le racisme est universelle et indivisible. Le MRAP, à quelques mois des élections européennes, entend le rappeler haut et fort.

    Fait à Paris, le 1er août 2013

    Cécile Kyenge, l'"étrangère" du gouvernement italien

    Le nombre de ses gardes du corps a été doublé. Sa boîte e-mail est surveillée, tout comme sa page Facebook. Le moindre de ses déplacements fait l'objet de mesures de sécurité plus pointilleuses qu'à l'ordinaire pour un ministre. Car Cécile Kyenge, chargée du portefeuille de l'intégration, est noire et italienne.

    Deux adjectifs qui, pour certains, ne peuvent cohabiter. Première femme de couleur dans un gouvernement de la République italienne, elle doit tout à la fois apprendre son métier, découvrir l'espace (limité) de son ministère et redécouvrir, trente ans après son arrivée dans la Péninsule, la cruauté du regard des autres.

    Pourtant d'une voix neutre à force d'être posée, elle répète inlassablement, ce 19 juin, devant les journalistes accrédités à l'ONU-Genèv : "L'Italie n'est pas raciste, il y a seulement un manque de connaissance de l'autre. Les insultes et menaces qui me visent à cause de ma position particulièrement exposée visent en réalité tous ceux qui refusent le racisme et une société non violente." Cécité ? Surdité ? Prudence ? Sa nomination, il y a quelques mois, dans le gouvernement de coalition dirigé par Enrico Letta a été "saluée" par un feu d'artifice de propos racistes, exprimés le plus souvent par des membres du parti autonomiste et anti-immigrés Ligue du Nord ou de l'extrême droite. Le groupuscule Forza Nuova a exposé une banderole insultante devant le siège de la section du Parti démocrate, où elle est inscrite, à Macerata, sur la côte adriatique : "Kyenge, retourne au Congo", pouvait-on lire. "C'est une étrangère dans ma maison".

    L'ex-sénateur de la Ligue du Nord, Erminio Boso, est sur la même longueur d'onde : "Je suis raciste, je ne l'ai jamais nié, fanfaronne-t-il. Kyenge doit rester chez elle, au Congo. C'est une étrangère dans ma maison. Qui a dit qu'elle était italienne ?" Pour son collègue Mario Borghezio, sa nomination "est un choix de merde, un éloge à l'incompétence (...). Elle a une tête de femme au foyer."

    Des propos qui l'ont obligé à démissionner du groupe Europe libertés démocratie au Parlement européen. Plus récemment, une élue locale de la Ligue a souhaité que la ministre soit "violée"... Face à cette haine, Cécile Kyenge, née en 1968 à Kambove en République démocratique du Congo, n'a rien voulu cacher de ses intentions. Dans ce gouvernement, où la recherche de l'équilibre épuise les bonnes volontés et consume les énergies, elle joue franc-jeu. "Je ne suis pas une femme de couleur, je suis noire", dit-elle lors de sa première conférence de presse. Un peu plus tard, lors de sa première interview télévisée, elle ne fait pas mystère non plus de ses projets de réformes : l'instauration du jus soli (droit du sol) en lieu et place du droit du sang en cours en Italie, et la suppression du délit d'"immigration clandestine" voulu par la Ligue du Nord lorsqu'elle était l'alliée de Silvio Berlusconi au gouvernement (2008-2011). Enrico Letta doit calmer ses ardeurs et rappeler que son discours de politique générale, centré sur l'emploi, ne prévoyait rien de tel... Un peu têtue, elle élude : "La priorité de ce gouvernement est l'emploi, mais la crise touche tout le monde ; il faut l'affronter ensemble, y compris avec l'idée d'une nouvelle citoyenneté qui prévoit des droits mais aussi des devoirs."

    Sous des airs de débutante, Cécile Kyenge sait qu'on ne fait avancer les choses qu'en les nommant. N'en déplaise à la Ligue du Nord, 5 millions d'immigrés - 4 millions d'adultes et 1 million d'enfants dont 600 000 nés dans le pays - vivent en Italie.

    Pour devenir italiens, ils devront en faire la demande à 18 ans et justifier de dix ans de résidence ininterrompue sur le sol du Bel Paese.

    Ce parcours, Cécile Kyenge (48 ans) le connaît bien. Elle débarque en Italie à 18 ans pour y faire des études de médecine sur l'insistance d'un évêque congolais qui lui a obtenu une bourse. Elle vit d'abord à Rome, puis suit une spécialisation en ophtalmologie à Modène (Emilie-Romagne). Elle y rencontre Domenico, avec lequel elle se marie, en 1995, acquérant ainsi la nationalité italienne qui lui avait été jusqu'alors refusée en raison de "problèmes bureaucratiques".

    Dans cette terre d'Emilie-Romagne, toujours partagée entre le maire communiste Peppone et le curé Don Camillo, elle se lance en politique à partir de 2004 dans les rangs des Démocrates de gauche, puis du Parti démocrate (gauche) à la naissance de ce dernier, en 2007. Le 25 février 2013, elle est élue députée. Une expérience complétée par des années de militantisme dans les associations d'aide aux immigrés telles que le réseau Premier mars.

    "J'ai toujours eu cette volonté de me mettre au service des autres", dit-elle simplement. Un tel parcours suffirait à faire d'elle une experte des questions d'immigration et d'intégration. Pas aux yeux du très respecté Giovanni Sartori, éminent professeur de sciences politiques et éditorialiste au Corriere della Sera, qui a écrit dans le quotidien milanais que la ministre n'aurait aucune compétence pour aborder ces questions ! Parce qu'elle est noire ? Immigrée ? Ophtalmologue ? Encore une fois, Cécile Kyenge ne s'est pas laissé démonter, répétant comme un mantra qu'en Italie "il manque une connaissance de l'autre, des phénomènes migratoires et de la culture de l'immigration".

    Aujourd'hui, elle sait bien qu'elle ne pourra pas tout faire. La question de la nationalité dépend du ministère de l'intérieur, tenu par la droite ; celle des travailleurs africains payés 20 euros par jour pour ramasser les tomates dans les Pouilles, du ministre de l'agriculture. Toutefois, les procédures d'obtention de la nationalité italienne ont été simplifiées - un premier pas.

    Au-delà de son action et de ses limites, elle se veut un symbole "d'un pays qui change" quels que soient la durée de vie de ce gouvernement et son avenir.

    Pour son premier voyage à l'étranger, elle s'est rendue à l'ONU, à Genève, pour "faire comprendre l'importance du changement culturel en cours en Italie". Quant aux menaces quotidiennes, elle dit s'y habituer.

     

    "De toute façon, je n'ai pas peur." Dehors, ses quatre gardes du corps l'attendent.
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