Avertir le modérateur

barack obama a publié sa déclaration fiscale de 2012

  • Barack Obama a publié sa déclaration fiscale de 2012

    Barack Obama a publié sa déclaration fiscale de 2012

    Barack Obama à la Maison-Blanche à Washington.

    Barack Obama a déclaré 600.000 dollars de revenus au fisc au titre de 2012 et été assujetti à un taux d'imposition de 18,4%, a annoncé vendredi soir la Maison-Blanche en rappelant que le président américain soutenait le principe d'un taux plancher de 30% pour les plus riches.

    Les 608.611 dollars déclarés par Barack Obama et son épouse Michelle proviennent aux deux tiers du salaire présidentiel, fixé par la loi à un peu moins de 400.000 dollars par an, le reste provenant des droits d'auteur touchés par le dirigeant pour ses livres. Il s'agit d'une nette baisse par rapport à 2011, quand le couple présidentiel avait fait état de près de 800.000 dollars de revenus.

    Les Obama, qui ont également acquitté près de 30.000 dollars d'impôts locaux dans l'Illinois, où ils possèdent toujours une maison, ont donné 150.000 dollars, soit le quart de leurs revenus, à des œuvres de charité l'année dernière, a précisé le porte-parole de l'exécutif américain, Jay Carney.

    Les riches toujours pas inquiétés

    Ce dernier a pointé le taux d'imposition fédéral des Obama, 18,4%, et souligné que le président, comme il l'a encore mis en avant mercredi dans sa proposition de budget fédéral pour l'exercice 2014, soutenait l'idée de faire payer un minimum de 30% d'impôts aux foyers déclarant des revenus supérieurs à 250.000 dollars par an.

    Connue sous le nom de "règle Buffett", du nom du milliardaire américain Warren Buffett qui en est l'un des soutiens les plus connus, cette disposition a déjà été rejetée par le Congrès, partiellement aux mains des adversaires républicains du président.

    "Si les propositions fiscales du président étaient appliquées, il paierait davantage d'impôts tout en faisant en sorte de réduire les impôts pour la classe moyenne et ceux qui essaient d'y accéder", a assuré Jay Carney.

    Le vice-président Joe Biden et son épouse Jill, qui contrairement à Michelle Obama exerce une profession rémunérée (professeur d'université), ont quant à eux déclaré 385.072 dollars et acquitté 87.851 dollars d'impôts fédéraux, selon la Maison-Blanche.

    Transparence en politique: forces et limites aux États-Unis, avant l'ouverture de la boîte de Pandore

    Vendredi soir, Barack Obama a publié sa feuille d'impôts avec le détail de ses revenus. Le couple présidentiel a gagné 608.611 euros en 2012, donc. Pas de quoi faire les gros titres de la presse, habituée à obtenir ce genre de chiffres.

    En France, au contraire, la publication lundi prochain de la déclaration de patrimoine des ministres fait l'effet d'une bombe. En attendant celle des parlementaires pourraient suivre dans la foulée, peut-être même avant la fin de l'été. Il faut dire que la pratique est toute nouvelle en France

    Auteur d'un ouvrage remarqué sur les conflits d'intérêts, Martin Hirsch estime que ce projet constitue "le plan le plus important sur ce sujet des 25 dernières années". Mais il ne plaît pas à tout le monde: échaudés par la rapidité des annonces, les élus s'affrontent encore sur le bien-fondé de cette révolution. C'est le cas du président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, craignant un excès de "voyeurisme". Le chef de l'opposition Jean-François Copé s'est aussi opposé "à ce qui pourrait jeter en pâture les responsables politiques". Il constate néanmoins un fait incontestable: "C'est un changement de société".

    Toutefois, il est encore difficile d'anticiper la portée de ce bouleversement de la vie politique. Pour essayer d'y voir plus clair, le modèle américain peut être un bon moyen d'envisager un retour d'expérience. Les Etats-Unis bénéficient d'un système bien huilé, chargé de dénicher les fautes des candidats aux postes à grandes responsabilités publiques. S'il était Américain, Jérôme Cahuzac n'aurait jamais pu obtenir le portefeuille du Budget, évitant par ailleurs au gouvernement une grave crise de confiance.

    •Le "vetting process", détecteur de mensonges

    Nous sommes en novembre 2008. Tom Daschle, l'un des proches conseillers de Barack Obama, accepte le poste de secrétaire à la Santé proposé par le président élu. Quelques semaines avant sa nomination officielle, la révélation publique d'une fraude fiscale à 128.000 dollars l'oblige à renoncer à sa fonction. "I screwed up", avait dit Obama à l'époque ("J’ai merdé"), en constatant l'efficacité de l'enquête. Pendant ce temps, Timothy Geithner, futur secrétaire au Trésor, se pressait de payer ses taxes en retard.

    Ce processus préalable à chaque nomination gouvernementale s'appelle le "vetting process". Du verbe "to vet", comme "passer au crible". C'est une épreuve que doivent accepter tous les ministres ou proches collaborateurs du président américain. Les procureurs, les juges des cours suprêmes de chaque État y ont droit, tout comme ceux de la Cour suprême fédérale. C'est l'occasion d'un immense travail d'enquête, s'étalant sur des mois. Fin 2008, ceux qui souhaitaient rejoindre la Maison-Blanche de Barack Obama devaient ainsi remplir un questionnaire... de 60 pages, examiné à la loupe par des juristes.

    L'objectif: empêcher la moindre surprise qui pourrait fragiliser le président, voire l'entraîner dans la chute d'un collaborateur. L'origine du précédé remonte au scandale du Watergate, qui avait aboutit à la démission de Richard Nixon en 1974 après une affaire d'espionnage politique.

    •Ménage à trois : le camp du candidat, les adversaires et la presse

    L'enquête est menée par le propre camp du candidat, qui s'occupe notamment des soupçons politiques et fiscaux. "Les parties psychologiques et des mœurs sont plutôt l'apanage des adversaires et de la presse", signale par ailleurs Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis. Une dernière étape a lieu devant la commission du Sénat, chargée de valider officiellement la nomination. Ce qui fait dire à Fabienne Sintes, correspondante de France-Info aux Etats-Unis: "Si vous voulez une haute fonction, vous ne vous appartenez plus".

    Dans le cas de Jérôme Cahuzac, "les revenus de sa clinique auraient été passés au crible, le contenu de ses déclarations d’impôt aurait été épluché sur les dix dernières années, son divorce douloureux et ses partenaires de boxe auraient allumé plus d’un gyrophare; et probablement tracé une flèche jusqu’à la Suisse", explique Fabienne Sintes. Pour Paul Light, professeur de sciences politiques à l'université de New York, "si vous pensez que vous ne serez pas attrapé, vous êtes un abruti".

    Mais il faut être psychologiquement préparé à ce scanner public, que certains n'ont pas assumé de passer. C'est notamment le cas de Colin Powell, un temps pressenti comme candidat républicain à la présidence. Il y a renoncé, tout comme il a décliné la proposition du candidat Bob Dole d'être son colistier pour la présidentielle de 1996. "Des conflits d'intérêt auraient pu être relevés avec sa famille", rappelle Nicolas Bacharan. Soupçons peu évidents, car ça ne l'a pas empêché de prendre la tête de la diplomatie américaine entre 2001 et 2005.

    •La rapport à l'argent, point crucial de la transparence

    "C'est ce qui rend incontrôlable l'adaptation de ce type de système en France", se questionne Nicole Bacharan, qui dispose de la double nationalité. En effet, le "vetting process" fait partie intégrante de la lutte politique, sans qu'il y ait un jugement moral à l'arrivée. "La société française est beaucoup plus cupide", compare-t-elle.

    Les premières déclarations de patrimoine des ministres français ont été cristallisées par ce type de réactions. Agora Vox a notamment relevé le cas du patron du PS, Harlem Désir, affirmant détenir seulement 20.000 euros sur des livrets d'épargne. "Si l’on ne doute pas de la bonne foi de Harlem Désir, il faut en conclure qu’il gère bien mal son argent", en déduit le média participatif. Une situation rarement constatée aux Etats-Unis.

    Le cas de Mitt Romney est bien représentatif. Bien que très riche, ce n'est pas sa fortune qui a suscité des réactions pendant la dernière campagne présidentielle. "Gagner de l'argent est un gage de compétences aux Etats-Unis", note l'auteur de Faut-il avoir peur de l'Amérique? (Seuil, 2005). Le républicain s'était plutôt fait remarquer en refusant de communiquer son taux d'imposition, de l'ordre de 15%. Une fois ce dernier lâché sur la place publique, le débat s'était ensuite dirigé sur l'intérêt d'augmenter les impôts des plus riches. "Aux Etats-Unis, on se contente de l'application stricte de la loi", conclut Nicole Bacharan.

    •Le "tous pourris" encore présent aux Etats-Unisp> Malgré les vertus de ce passage à la moulinette publique, la pratique de transparence ne résout pas tous les problèmes de confiance envers les élus. Le taux de confiance du Congrès n'est situé qu'aux environs de 20%. Les parlementaires américains doivent pourtant publier une déclaration de patrimoine chaque année, en faisant apparaître le montant de leurs investissements et de leurs revenus. Selon le Sénat, le montant des "cadeaux" reçus dans le cadre des fonctions parlementaires doit être communiqué s'il dépasse 250 dollars.

    Et pourtant, le "tous pourris" est aussi le lot de la politique américaine. "C'est davantage lié à la nature du financement des campagnes électorales, fortement influencées par le lobbying", témoigne Nicole Bacharan. "Au final, le développement de la transparence en France ne résoudra pas les mêmes choses et ne suscitera pas les mêmes problèmes", pointe-t-elle.

    A quelques encablures de cette révolution démocratique, la France doit donc surveiller "ce rapport cupide qu'elle entretient avec l'argent". Et la presse devra aussi assumer sa part de responsabilité dans l'utilisation des informations, ce que pointe la politologue: "Parfois limite dans la présomption d'innocence, son recul sera important dans l'élaboration du mécanisme".

    Et la presse devra aussi assumer sa part de responsabilité dans l'utilisation des informations, ce que pointe la politologue: "Parfois limite dans la présomption d'innocence, son recul sera important dans l'élaboration du mécanisme".
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu