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  • Au Mexique, une journaliste menacée pour avoir enquêté sur la corruption

    Au Mexique, une journaliste menacée pour avoir enquêté sur la corruption

    La Mexicaine Anabel Hernandez est une journaliste d'investigation, pleine de fougue et de talent, qui a mérité le prix 2012 de l'Association mondiale des journaux et des médias d'information. Sa vie est en danger. Juste avant l'alternance entre le Parti d'action nationale (PAN, droite) et le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre), en décembre 2012, Anabel Hernandez avait publié l'ouvrage Mexique en flammes (non traduit). Elle y dresse un bilan sans complaisance de la présidence de Felipe Calderon (PAN), marquée par sa "guerre contre le narcotrafic". Au cours de son mandat, les violences ont explosé (120 000 homicides en six ans).

    La journaliste Anabel Hernandez.

    Anabel Hernandez estime que le gouvernement mexicain protégeait le cartel de Sinaloa, en réprimant les trafiquants des gangs concurrents. Elle dénonce les complicités entre des gradés de la police fédérale et le crime organisé. "Sous la présidence de Vicente Fox , puis de Felipe Calderon, le cartel de Sinaloa a bénéficié d'une protection spéciale", affirme-t-elle. Après sa fuite de prison, en 2001, le chef du cartel de Sinaloa, Joaquin "El Chapo" Guzman, devient le "narco" le plus puissant et le plus riche au monde, remarqué par le magazine Forbes.

    Anabel Hernandez a révélé des documents sur l'enrichissement illicite de l'ancien ministre de la sécurité publique, le sulfureux Genaro Garcia Luna, l'homme que le tout-Mexico soupçonne d'avoir manipulé le président Calderon grâce à ses dossiers compromettants. Un proche de M. Garcia Luna, Luis Cardenas Palomino, avait été inculpé de complicité dans un triple homicide alors qu'il avait 18 ans. D'autres auraient été de mèche avec des kidnappeurs.

    "Le régime le plus répressif de tous les temps est le produit de la convergence entre le crime organisé et le pouvoir politique et économique du Mexique, grâce à un système national corrompu, en toute impunité, souligne la journaliste mexicaine. Ajouté à une société endormie et divisée par l'indifférence ou la terreur, c'est le mélange parfait pour que ce régime pervers se maintienne et croisse."

    "La communauté internationale ne saurait continuer à être indifférente"

    Après la publication de son précédent ouvrage, Les Seigneurs du Narco (non traduit), fin 2010, Anabel Hernandez reçut ses premières menaces de mort. Sa famille fut inquiétée. Des policiers devaient simuler un accident. Elle porta plainte auprès du parquet chargé des délits contre la liberté d'expression, devenu depuis le parquet chargé des journalistes. Elle fut placée sous la protection d'agents dépendant de la municipalité de Mexico, contrôlée par la gauche.

    Le 11 mars 2013, Anabel Hernandez apprend que son dossier et sa protection passaient de la municipalité de Mexico aux autorités fédérales, justement là où sévissent les policiers qu'elle avait dénoncés. Le nouveau président Enrique Peña Nieto (PRI) a dissous le ministère de la sécurité publique, au profit du ministère de l'intérieur, mais les échelons intermédiaires n'ont pas changé.

    Une des sources d'Anabel Hernandez, le général Mario Arturo Acosta Chaparro a été assassiné en 2012. Un autre haut gradé a été emprisonné en mai. Une troisième source a été torturée pour dresser des charges contre la journaliste. "Le coût émotionnel et personnel a été très élevé, confie-t-elle. J'ai dû changer complètement ma vie. Je ne suis plus libre, je suis prisonnière des menaces. Mais je ne veux pas quitter mon travail, mon pays et ma famille."

    Le Mexique est le pays le plus dangereux des Amériques pour la presse : 53 assassinats en six ans, sans compter 12 disparus. "Le mécanisme fédéral de protection des journalistes, sur le modèle de la Colombie, est d'une efficacité réduite, note Benoît Hervieu, de l'organisation Reporters sans frontières, qui revient de Mexico. A peine treize journalistes bénéficient d'une escorte."

    "Les Mexicains sont responsables de leurs malheurs, mais la communauté internationale ne saurait continuer à être indifférente", ajoute Anabel Hernandez.

    Ce début de mandat présidentiel, au cours duquel M. Peña Nieto prend ses marques sans que les anciens responsables aient quitté vraiment la scène, est propice aux règlements de comptes. Face à l'émoi suscité par les menaces qui pèsent sur la journaliste, les autorités de la municipalité de Mexico ont prolongé sa protection rapprochée pendant trois mois. Qu'en sera-t-il après ce sursis ?

    Autocensure des médias après des agressions

    Depuis le début de l'année, on compte plusieurs agressions contre les médias. Le 3 mars, Jaime Guadalupe Gonzalez, 38ans, directeur du site Internet Ojinaga Noticias, a été tué de 17 balles dans l'Etat de Chihuahua. Le siège du journal El Siglo de Torreon (Coahuila) a subi trois attaques, dont une s'est soldée par la mort d'une personne. Les locaux du quotidien El Diario de Juarez (Ciudad Juarez) ont été criblés de balles. Le directeur d'El Mundo de Orizaba (Veracruz) a été enlevé et torturé. Résultat, l'autocensure s'étend. Le quotidienZocalo (Coahuila) a annoncé qu'il renonçait à traiter l'actualité liée au crime organisé. Autocensure des médias après des agressions Depuis le début de l'année, on compte plusieurs agressions contre les médias. Le 3 mars, Jaime Guadalupe Gonzalez, 38ans, directeur du site Internet Ojinaga Noticias, a été tué de 17 balles dans l'Etat de Chihuahua. Le siège du journal El Siglo de Torreon (Coahuila) a subi trois attaques, dont une s'est soldée par la mort d'une personne. Les locaux du quotidien El Diario de Juarez (Ciudad Juarez) ont été criblés de balles. Le directeur d'El Mundo de Orizaba (Veracruz) a été enlevé et torturé. Résultat, l'autocensure s'étend. Le quotidienZocalo (Coahuila) a annoncé qu'il renonçait à traiter l'actualité liée au crime organisé.

    Le directeur d'El Mundo de Orizaba (Veracruz) a été enlevé et torturé. Résultat, l'autocensure s'étend. Le quotidienZocalo (Coahuila) a annoncé qu'il renonçait à traiter l'actualité liée au crime organisé.
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