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ambroise pierre

  • Ethiopie: Le gouvernement d'Addis-Abeba renforce le contrôle de l'information !

    Ethiopie: Le gouvernement d'Addis-Abeba renforce le contrôle de l'information !

     

     

    L'unique fournisseur d'accès Internet du pays, Ethio-Telecom, vient de mettre en place un système de blocage ciblant les utilisateurs du réseau TOR. Et s'agissant de la presse écrite, un texte prévoit d'octroyer aux imprimeries d'Etat la possibilité de recourir à la censure préalable. Reporters sans frontières exprime sa très vive préoccupation face à cette série de mesures destinées à renforcer le contrôle des autorités éthiopiennes sur l'information.

    Ambroise Pierre, Bureau Afrique- Reporters sans frontières

     

    Risque de censure par les sociétés d'imprimerie sur les contenus éditoriaux des journaux

    Reporters sans frontières dénonce la volonté de l'imprimerie d'Etat, Berhanena Selam, en situation de quasi-monopole pour les impressions de journaux et de magazines, et de quelques autres imprimeries détenues par l'Etat de vouloir instituer un contrôle politique préalable sur les articles de presse. Par un projet d’accord unilatéral, intitulé "Contrat standard d'impression", les imprimeurs s’octroient un droit de regard sur les contenus éditoriaux, et la possibilité de les interdire, avant impression.

    "En matière de liberté de la presse, ce texte fait courir le risque d'un retour de plus de 20 ans en arrière, date à laquelle la dictature brutale de Mengistu a été renversée. Instaurer un contrôle des contenus éditoriaux par les imprimeurs reviendrait à leur confier la fonction de juge. De quelle indépendance, de quels droits se réclament ces entreprises publiques pour interpréter la loi, et en tirer les conséquences ? Cet accord trahit-il la volonté du gouvernement d'écarter en amont tout écrit critique à son égard ?", a dénoncé Reporters sans frontières.

    "Si ce projet de convention est maintenu, il risque à terme d'entraîner la généralisation de l'autocensure, déjà forte dans le pays ou la complaisance des journalistes à l'égard du pouvoir. La liberté de ton, l'indépendance, et la diversité des médias en pâtiraient, nuisant de facto à la vitalité de l'espace démocratique éthiopien", a ajouté l'organisation.

    L'article 10, au titre évocateur de "Refus d'imprimer tout contenu violant la loi", prévoit que si l'imprimeur a une "raison suffisante" de penser qu'un écrit est illégal, il peut refuser de l’imprimer. Le même article consacre, en son deuxième alinéa, la possibilité pour l'imprimeur de terminer ou d'annuler le contrat s'il estime, au nom d'une "raison suffisante", que l'éditeur a une propension à publier des contenus de nature à engager sa responsabilité.

    Cet accord régressif enfreint ouvertement l'article 29 de la Constitution de la République fédérale démocratique d'Ethiopie de 1994, lequel tout en garantissant la liberté de la presse prohibe "toute forme de censure". Reporters sans frontières rappelle que toute mesure de sanction ou d’interdiction relève de la compétence d’un juge indépendant et impartial.

    A la suite de l'annonce du nouvel accord d'impression, les éditeurs éthiopiens de journaux et de magazines ont adressé une pétition au Premier ministre Meles Zenawi, chef de l'exécutif depuis 21 ans. Outre la reconnaissance de la violation de la Constitution, la plainte demandait aux autorités d'annuler ce projet d’accord unilatéral. La réponse du gouvernement d’Addis-Abeba a été sans appel : aucune velléité de censure ne ressort du texte qui traduit plutôt, selon l'exécutif, "une décision commerciale".

    Les imprimeurs maintiennent sous pression la profession en s'abstenant d'imprimer tout écrit tant que le nouveau contrat ne sera pas accepté par les éditeurs. A l’origine de ce projet, une nouvelle loi sur la presse a récemment étendu la responsabilité des écrits des journaux aux imprimeurs.

    "Nous demandons que l’ensemble de la profession - éditeurs, directeurs de publication, journalistes,... - soit associée à la procédure de négociation et de rédaction de ce projet de contrat d’impression. La mise en jeu éventuelle de la responsabilité des imprimeurs pour un écrit ne doit pas entraîner le retour de la censure préalable", a recommandé Reporters sans frontières.

    Ce texte s’ajoute à l'édifice juridique liberticide déjà constitué depuis trois ans par le gouvernement éthiopien, comme en témoigne la loi antiterroriste du 7 juillet 2009 qui a conduit à l’inculpation de deux journalistes et à leur condamnation à de lourdes peines de prison

    (plus d'informations: http://fr.rsf.org/ethiopie-les-journalistes-ne-sont-pas-des-24-01-2012,41763.html).

    Ce contrat, s’il est entériné, risque d’entretenir le climat délétère existant entre les médias privés et le pouvoir politique.

    En savoir plus sur la liberté d’information en Ethiopie : http://fr.rsf.org/report-ethiopie,16.html

    Le contrôle d’Internet s’accentue

    Depuis deux semaines, Ethio-Telecom, propriété du gouvernement éthiopien et unique fournisseur d’accès Internet du pays, a mis en place un système de blocage ciblant les utilisateurs du réseau TOR [1].

    Tor est un outil permettant aux internautes de contourner le blocage de sites Internet et de surfer sur Internet de manière anonyme. Un tel blocage sélectif ne peut avoir été mis en place que grâce à l’installation d’un outil de filtrage avancé : le Deep Packet Inspection.

    Le DPI est couramment utilisé dans les pays “Ennemis d’Internet” comme la Chine et l’Iran. Officiellement installé pour filtrer les sites pornographiques, cette forme de filtrage permet de cibler facilement les sites “sensibles“ et favorise la censure rapide de toute opinion opposée au régime. Le filtrage de TOR et la mise en place d’un outil de DPI semblent être la première étape dans la mise en place par le gouvernement Ethiopien d’un système de filtrage perfectionné permettant à terme d’intercepter les emails, les messages postés sur les réseaux sociaux et les appels téléphoniques via skype par exemple.

    Ces appels passés d’Internet à téléphone (Voix sur IP) viennent par ailleurs d’être interdits par une nouvelle législation du Service Ethiopien des Télécommunications (The new Ethiopian Telecom Service legislation) ratifiée le 24 mai 2012. Celle-ci rend l’utilisation hardware et software de VoIP criminelle. Tout contrevenant est passible de 15 ans de prison.

    Les autorités justifient cette décision pour des raisons de sûreté nationale et également à cause de la menace que représenterait la VoIP pour le monopole de l’Etat sur les communications téléphoniques.

    Cette loi donne également au ministère des Communications et des Technologies de l'information le mandat d’accorder les licences et de surveiller les entreprises privées qui importent et distribuent le matériel utilisé à des fins de communication de l'information.

    L’association OpenNet Initiative a déjà recensé plusieurs cas de censure sur Internet en Ethiopie : blocage de blogs, de sites d'information et de partis d’opposition. Jusqu’à présent les cas de blocage étaient relativement rares, notamment à cause du faible taux de pénétration d’Internet dans le pays.

    “Cette nouvelle loi et la possibilité que le système de Deep Packet Inspection soit installé dans le pays marquent un tournant dans le contrôle exercé sur Internet par les autorités éthiopiennes, a déclaré Reporters sans frontières. Nous craignons que le DPI ne soit détourné à des fins de surveillance par un gouvernement qui met déjà énormément sous pression les opposants politiques et les médias privés.”

    “Nous demandons aux autorités éthiopiennes de ne pas mettre en place ce système de filtrage. Nous rappelons, comme nous l’avions déjà fait lors du blocage du site d’information The Reporter, que nous partageons la position de Frank La Rue, Rapporteur spécial des Nations unies pour la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, qui recommande dans son rapport de juin 2011 “des restrictions aussi limitées que possible sur la circulation de l’information via Internet, sauf dans des circonstances précises, exceptionnelles et limitées, en accord avec les standards internationaux”.

    [1] Quelques jours après avoir constaté le blocage, les développeurs de TOR ont publié une solution de contournement sur leur blog.

  • Deux semaines dans l’est de la RDC : l’information en danger !

    Deux semaines dans l’est de la RDC : l’information en danger !

    Reporters sans frontières s’inquiète de la multiplication des cas d’entraves à la liberté d’informer recensés dans les régions à l’est de la République démocratique du Congo, au cours des deux semaines. En quinze jours, une radio a été fermée manu militari, onze journalistes ont été interpellés, dont trois sont toujours détenus, et des menaces ont été proférées à l’encontre de deux journalistes.

    Ambroise Pierre, responsable du Bureau Afrique de Reporters sans frontières

    Au Nord-Kivu, des autorités locales hostiles aux médias

    Le 13 mai 2012 au matin, la radio Liberté, située à Butembo dans la province du Nord-Kivu, a été fermée pour trois mois, sur ordre du maire de la ville. Les neufs journalistes présents sur les lieux ont été arrêtés par l’Agence nationale de renseignement (ANR), tandis que l’animateur Kashigwe Binjamin avait été arrêté plus tôt à son domicile.

    "Nous sommes choqués par cette décision arbitraire de fermer la station, alors que les habitants ont un besoin vital d’informations en ces temps de grande insécurité. De quel droit se prévaut une autorité exécutive locale pour se substituer à la justice et imposer le verrouillage d’une radio ? Au nom de quelle procédure, cette même autorité procède-t-elle à l’interpellation de l’ensemble des journalistes qui y travaillent ? Depuis quand les agents de l’ANR opèrent-ils à des fins privées et partisanes, au mépris des lois ? Consternés par ces abus de pouvoir, nous demandons la libération de l’animateur encore détenu, et la réouverture immédiate de la radio", a réagi Reporters sans frontières.

    Il est aux alentours de sept heures, lorsque des agents de l’ANR ainsi que des forces de police et de l’armée (FARDC) pénètrent dans les locaux de la station Liberté, propriété de Jean-Pierre Bemba. Ils viennent exécuter l’ordre du maire d’arrêter les émissions. Les forces de sécurité agressent les journalistes présents avant de les emmener de force dans les locaux de l’ANR, dans le quartier de Furu. L’émetteur de la radio, le groupe électrogène ainsi que les téléphones portables sont confisqués.

    En début d’après midi, les habitants du quartier de Furu, informés par les médias locaux, se rassemblent devant les bâtiments de l’ANR pour protester contre l’interpellation des journalistes. Ceux-ci sont finalement relâchés, à l’exception de l’animateur Kashigwe Binjamin, qui est gardé à vue par la police criminelle.

    L’affaire fait suite à l’émission matinale "Animation Volcan" du 7 mai 2012, présentée par Kashigwe Binjamin, lequel interviewe, par téléphone, le général La Fontaine et le colonel déserteur Kahasha, qui combattent l’armée régulière dans les territoires de Lubero et Rutshuru, au sud de Butembo.

    Par un arrêté en date du 12 mai 2012, le maire de Butembo juge que les deux entretiens constituent "une campagne de dénigrement du gouvernement de la RDC et de démoralisation des troupes loyalistes ; ce qui constitue une infraction d’atteinte à la sûreté de l’Etat". Il exige alors la suspension temporaire de la station pour une durée de trois mois.

    Selon les sources de Reporters sans frontières, l’ordre de fermer la station pourrait émaner du gouverneur de la province Nord-Kivu, Julien Paluku, farouche adversaire des médias. Dix jours plus tôt, le gouverneur avait adressé plusieurs menaces à l’égard de la journaliste de Radio Okapi, Gisèle Kaj Kaung, l’accusant d’accointances avec les mouvements rebelles. Suite à un reportage diffusé le 30 avril 2012, pour lequel la journaliste avait recueilli des témoignages des populations locales et de l’ANR indiquant le contrôle de certaines localités par des soldats mutins et la fuite d’habitants vers la frontière rwandaise, le gouverneur avait accusé la journaliste de partialité.

    "Dans une région en proie à la violence généralisée, où agit une rébellion armée, nous appelons le gouverneur à la retenue. Les responsabilités que lui confère ses fonctions imposent à M. Paluku de protéger les journalistes dans l’exercice de leur métier, non d’entretenir la situation d’insécurité dans laquelle ils sont contraints d’évoluer, en calomniant tel ou tel professionnel de l’information", a déclaré Reporters sans frontières.

    Selon Journalistes en danger, organisation partenaire de Reporters sans frontières, le discours de M. Paluku, dans le climat de violence actuel, équivaut "à un appel au meurtre" de la journaliste Gisèle Kaj Kaung. C’est la deuxième fois que cette journaliste est menacée directement par Julien Paluku, qui, en 2008, avait accusé la reporter d’être la concubine d’un ancien leader de la rébellion, Laurent Nkunda.

    Dans la Province-orientale, arrestation de deux journalistes accusés de diffamation

    Dans la Province-orientale, à Kisangani, le 9 mai 2012, Sébastien Mulamba et Mbuyi Mukadi, respectivement éditeur et directeur de publication du journal Kisangani News, ont été arrêtés par les services de renseignement de la police, alors qu’ils se rendaient à un rendez-vous avec le député Alphonse Awenze. Après 48 heures passées dans les locaux de la police, ils ont été écroués à la prison centrale de Kisangani.

    "Sans juger le fond de l’affaire, nous regrettons amèrement que deux journalistes soient incarcérés pour avoir exercé leur profession. Nous condamnons cette détention qu’aucune procédure légale et judiciaire n’autorise. Nous demandons la remise en liberté immédiate des deux journalistes, afin qu’ils puissent préparer leur défense dans le cadre d’un procès impartial", a déclaré Reporters sans frontières, qui poursuit son engagement en faveur de la dépénalisation des délits de presse.

    Il est reproché aux deux journalistes la publication le 15 avril 2012 d’un article intitulé, "Folie du pouvoir : l’honorable Awenze dépouille M. Lokadi de sa femme Ekodi Liliane" dans lequel M. Mulamba évoquait la relation extra-conjugale du député Alphonse Awenze et de Mme Ekodi. Le député a porté plainte pour "diffamation" et "dénonciation calomnieuse" contre les deux journalistes. Or, paradoxalement, avant leur arrestation, les deux journalistes avaient accordé à M. Awenze la publication d’un droit de réponse à l’article contesté, et ce avant le 15 mai 2012. Si les deux journalistes sont déférés devant le Parquet, ils risquent jusqu’à trois ans de prison.

    Au Sud-Kivu, agression d’un journaliste par des individus armés

    Après avoir reçu des menaces de mort par téléphone pour des informations qu’il aurait divulguées, David Mambo Munyaga, directeur de la radio rurale Ondese FM, à Kiliba (Sud-Kivu), a été agressé, le 30 avril 2012, dans une embuscade tendue par trois individus armés et masqués alors qu’il rentrait d’un reportage, avec son confrère Malega Muyuku. Les deux journalistes ont réussi à s’enfuir en moto. M. Munyaga a porté plainte afin que soient identifiés l’auteur des menaces téléphoniques ainsi que ses trois agresseurs. Craignant pour sa vie, il est contraint de vivre dans la clandestinité.

     

    Reporters sans frontières dénonce le climat d’insécurité qui règne dans cette région, et demande aux autorités locales de tout mettre en œuvre pour que cessent rapidement menaces et agressions à l’égard des journalistes.
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