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allocution de jean-marc ayrault lors de la réception à la sociét

  • Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013. Photo Réveil FM

    Madame, Messieurs les Ministres,

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires, dont certains que j’ai déjà vus cet après-midi, que je suis heureux de revoir,

    Monsieur le Président du conseil régional et Madame la Présidente du conseil général,

    Monsieur le Préfet,

    Monsieur le Maire de Schoelcher et Mesdames et Messieurs les maires,

    Mesdames, Messieurs,

    J’ai entamé ici en Martinique mon premier déplacement en Outre-mer depuis que je suis chef du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que je viens dans ce département, dans cette belle région, mais c'est dans d’autres fonctions que je suis là, devant vous ce soir, et dès mon arrivée cet après-midi sur cette terre martiniquaise puis tout au long des cérémonies par lesquelles nous avons honoré la mémoire d’Aimé Césaire, en me rendant à l’ancienne mairie de Fort-de-France, j’ai ressenti une vraie émotion, je dois vous le dire. J’ai connu Aimé Césaire, je l’ai connu comme député. Il était même membre de mon groupe entre 1986 et 1993, mais c’était pour nous une tellement grande personnalité qui nous impressionnait. Je l’ai rencontré aussi une fois comme maire de Fort-de-France dans son bureau, tout là-haut, où il recevait tout le monde, des visiteurs du monde entier mais aussi des gens modestes et qu’il écoutait avec beaucoup de respect et d’attention. Cet après-midi, nous avons vu son bureau – j’allais dire son premier bureau, celui où il s’était installé lors de sa première élection, dans cette vieille mairie et puis ensuite, il y est revenu comme maire honoraire et nous avons inauguré avec le maire de Fort-de-France ce mémorial en quelque sorte à Aimé Césaire, reconstituant les objets, le lieu, les écrits, les signes qui symbolisent Aimé Césaire et qui le rendent toujours aussi présent et aussi vivant à travers les valeurs, les idées qu’il a portées et qui guident notre action, et qui sont aussi celles qui motivent les Martiniquais au cœur de leur engagement.

    Donc je voulais, comme l’a fait ce matin le président de la République au Panthéon, rendre hommage au nom de la République, au nom de la nation toute entière, à ce grand homme qui honore la Martinique mais aussi qui honore la France parce qu’il porte des valeurs qui nous dépassent, qui sont des valeurs universelles.

    Cette belle synthèse qu’il a su faire entre, j’allais dire les Martiniquais, les Caribéens, les Français et les Européens, je crois que pour nous ça doit être une référence par rapport à ce que nous avons à faire aujourd'hui. Et aujourd'hui la République, si elle lui a rendu hommage, c’est aussi pour poursuivre un combat. Cette belle synthèse inspire la conception que mon gouvernement a de la Martinique, et plus généralement des Outre-mer au sein de la République.

    Les Outre-mer ont chacune leur identité, leur culture, leur tradition, leur langue, mais ensemble avec tous les autres territoires de la France, ils forment ces territoires la République française, avec ce qu’elle représente comme valeurs et la principale valeur, c’est celle de l’égalité entre les citoyens et l’égalité entre les territoires. C’est ce qui avait motivé d’ailleurs ce combat pour la départementalisation qui permettait l’égalité des droits et ce n’était pas n’importe quel combat. Ce combat n’est pas fini et doit se poursuivre.

    Vue partielle de l'assistance de la société civile. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault entouré de ses ministres. Photo Réveil FM

    Ce soir je suis devant vous, Mesdames et Messieurs les représentants des forces vives de la Martinique, tous ceux qui jouent un rôle. Un rôle important dans le développement économique et social, la vie associative mais aussi la vie culturelle. C'est vous qui chaque jour construisez l’avenir de la Martinique et le gouvernement est là à vos côtés pour vous aider, mais pas pour faire non plus à votre place, et je sais que l’attente est forte. Je sais aussi le lien particulier qui s’est noué entre les Martiniquais et le président de la République François Hollande à l’occasion de l’élection présidentielle. Je suis venu aussi vous apporter de sa part un message d’affection, un message d’engagement, un message de soutien et de solidarité.

    Le programme que François Hollande a présenté aux Françaises et aux Français se résume à soixante grandes propositions qui sont des engagements pour la France, mais il a pris des engagements particuliers pour les Outre-mer, trente engagements spécifiques après une décennie où le lien entre la République et les Outre-mer s’est distendu. Ces trente engagements sont la référence de l’action de mon gouvernement. Désormais, comme c’était un des trente engagements, les Outre-mer disposent d’un ministère de plein exercice qui joue pleinement son rôle de coordination et d’impulsion de la politique gouvernementale en lien direct avec moi, comme chef de gouvernement. C’est le travail que fait chaque jour Victorin Lurel, et je profite de cette occasion encore une fois pour le remercier pour sa disponibilité, son dévouement, son courage mais aussi sa détermination à défendre les Outre-mer.

    Parce qu’il est important que les Outre-mer soient prises en compte dans la conception même des réformes. Il est fini le temps où il fallait attendre des mois, voire des années, pour que les politiques nationales soient mises en œuvre Outre-mer. Les premiers emplois d’avenir Outre-mer ont été signés à La Réunion, c’était au début Monsieur le Député, le jour-même où le chef de l’État en faisait de même dans l’Hexagone.

    C’était un symbole pour montrer que nous avançons d’un même pas. La première phase de l’action de mon gouvernement a été placée sous le signe de la lutte contre la vie chère. Je sais que c’est toujours une question d’actualité, mais parce que les prix où en tous cas certains prix ont atteint Outre-mer un niveau anormal, parfois insupportable pour beaucoup de nos concitoyens, le premier texte qui a été voté par le Parlement, un des premiers textes dès l’installation de la nouvelle majorité, c’est le projet de loi de régulation économique Outre-mer qui a été porté par Victorin Lurel.

    Cette loi, je dois dire, a fait l’objet d’un consensus puisqu’elle a été adoptée sans opposition. J’y vois là un signe positif. Cette loi s’attaque aux racines-mêmes de la vie chère. Certains disent que les choses n’avancent pas assez vite, qu’elles ne portent pas assez leurs fruits. Mais quand on s’attaque aux racines du mal, il faut du temps pour en voir tous les bénéfices, mais en tous cas la conception-même de cette loi, c'est de ne pas mettre en place une économie administrée, une économie bureaucratisée mais parce que nous savons bien que les entreprises, ce sont elles qui investissent, ce sont elles qui créent les emplois, ce sont elles qui développent le territoire, elles doivent bien entendu aussi gagner de l’argent sinon elles n’existent plus.

    Et donc, il faut les aider et leur créer un environnement favorable, donc ce n’est pas à opposer entre une régulation des prix et à opposer à une efficacité économique. C’est pour ça que dans cette loi a été mis en place le bouclier qualité prix et je constate qu’il y a déjà des résultats, qui a permis de faire baisser les prix des produits de grande consommation de dix pourcents en Martinique, sans solliciter pour autant le contribuable, sans subventions publiques. Vous allez me dire pourquoi ? Parce que ! On peut aussi agir sans à chaque fois demander de l’argent supplémentaire aux contribuables. Certains nous reprochent parfois d’en demander de trop. C’est vrai parfois, c’est vrai aussi pour les collectivités locales. Donc quand on peut agir autrement, par la régulation, par de nouvelles règles du jeu qui, en quelque sorte, ont permis aussi d’accroître une certaine forme de compétition entre les entreprises et donc qui bénéficie aux consommateurs ; c’est le résultat de cette nouvelle législation.

    Au cours de cette première phase, le gouvernement, nous avons aussi lancé un plan de rattrapage des investissements Outre-mer et réévaluer le budget du ministère des Outre-mer avec une attention particulière pour le logement et en particulier le logement social et cet engagement va se poursuivre. Mais notre combat prioritaire, évidemment vous le savez, ce n’est pas vrai qu’en Martinique, je l’ai dit il y a quelques instants à la télévision, c’est le combat pour la croissance et l’emploi.

    Laurent Prévost, Préfet de la Martinique. Photo Réveil FM

    Madame Brigitte Ayrault, épouse du Premier ministre. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault parlant à une personnalité de la société civile martiniquaise. Photo Réveil FM

    Ce n'est pas parce que les chiffres de ce mois-ci sont meilleurs que nous allons nous en satisfaire. Pas du tout ! Pas un seul instant ! Je crois qu’au contraire la bataille pour l’emploi doit redoubler d’efforts. Elle doit mobiliser tous les acteurs : les acteurs économiques, les acteurs publics, les collectivités territoriales et l’État à leurs côtés, mais bien entendu aussi les associations et c'est là que nous pouvons avancer ensemble. Parce que la crise économique, elle frappe durement certains de nos territoires et notamment la Martinique.

    Depuis un an, le gouvernement travaille sans relâche pour redonner des perspectives et d’abord aux jeunes qui sont touchés plus encore que les autres par le chômage. C’est pourquoi nous avons lancé tout de suite ce programme des emplois d’avenir et des contrats de génération. Pour favoriser l’insertion des jeunes, nous sommes également déterminés à développer – et déjà certaines sont engagées – des formations spécifiques pour les jeunes sans diplôme ni qualification.

    Je pense à ce qui est fait comme le service militaire adapté, ce qui est fait avec l’école de la deuxième chance, mais il faut aller encore plus loin et prendre des mesures audacieuses pour relancer la machine économique et trois axes prioritaires guideront l’action de mon gouvernement au cours des prochains mois.

    En premier lieu, j’ai demandé à Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, d’élaborer un projet de loi relatif au développement et à la modernisation de l’économie des Outre-mer, pour y décliner le pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi que j’ai présenté à la suite de la remise par Louis Gallois de son rapport sur l’état de notre économie et particulièrement notre industrie. Il s’agit de concentrer notamment l’action publique pour soutenir des filières de production locales bien identifiées, mais aussi d’aider au développement de l’économie sociale et solidaire, véritable gisement d’emplois. En deuxième lieu, nous voulons placer les Outre-mer à la pointe de la transition énergétique.

    Ce sont des territoires d’innovation, ce sont des territoires d’expérimentation. Le prochain projet de loi relatif à la transition énergétique vous donnera les moyens de fonder un nouveau modèle de croissance. Enfin, mon gouvernement entend développer en Outre-mer l’économie du savoir. Ce doit être une priorité compte tenu de votre environnement régional ; nous en parlions, Monsieur le Maire, il y a quelques instants. Puis sur toutes ces questions, mon gouvernement poursuivra son travail avec la méthode qui est la mienne et qui est celle de tout le gouvernement : c’est le dialogue social. L’année qui vient de s’écouler a montré quelques résultats qui ont pu nous permettre d’aboutir, avec les partenaires sociaux. Il n’y aura pas de réforme durable, il n’y aura pas de réforme d’ampleur si nous ne sommes pas capable de trouver les bons compromis avec les partenaires sociaux. Je me félicite que cette année les enjeux des Outre-mer aient été encore plus présents lors de la deuxième grande conférence sociale qui vient de se terminer la semaine dernière.

    Mais je voudrais vous dire, Mesdames et Messieurs les élus, que nous avons besoin, que le gouvernement a besoin de vous, de votre mobilisation, les collectivités territoriales. Je sais que vous faites déjà beaucoup. J’ai entendu, Madame la Présidente du conseil général, votre intervention. Je sais, Monsieur le président du Conseil régional, comme beaucoup de communes vous faites déjà aussi beaucoup. Je pense aux emplois d’avenir pour les vingt-cinq pourcents restants qu’il faut financer, notamment du côté des employeurs publics ou associatifs ; vous apportez votre contribution et je tiens à vous en remercier car au bout du compte, c’est des jeunes qui retrouveront un emploi, une formation, qui pourront s’insérer et c'est leur famille qui retrouvera confiance. Mais sans l’engagement des collectivités locales, l’État serait impuissant car énormément de politiques publiques ne peuvent se faire qu’ensemble, même pour l’école.

    L’école, les rythmes scolaires la construction scolaire, les constructions scolaires, le périscolaire, c’est l’œuvre des collectivités locales même si l’éducation nationale a ses missions auxquelles elle doit, évidemment, se conformer. Je pourrais prendre le logement que j’ai cité il y a quelques instants. S’il n’y a pas de projets locaux d’urbanisme, alors il n’y aura pas de logements même si les financements sont là. C’est vrai pour l’emploi, c’est vrai pour tous autres investissements d’infrastructures : les collectivités locales jouent un rôle-clef y compris dans la lutte contre toutes les formes de pauvreté. C’est important, y compris pour la sécurité.

    La sécurité, c’est une responsabilité régalienne de l’État ; la police, la gendarmerie, la justice, sauf que beaucoup de politiques sont coproduites. Qui est en première ligne lorsqu’il y a un problème de sécurité dans une commune ? C’est le maire auquel on vient s’adresser. Monsieur le Préfet, peut-être à vous aussi mais en tous cas les maires sont en première ligne et pas toujours en capacité de répondre, mais parce que ce sont les interlocuteurs des habitants. C’est eux qui reçoivent les gens. Je citais tout à l'heure Aimé Césaire, mais les autres le font aussi, et donc ils sont des médiateurs. Mais ils sont plus que des médiateurs, ils sont aussi les animateurs des politiques de prévention de la délinquance avec le conseil général et je crois que c’est ça que je voulais vous dire aussi. Les politiques publiques de l’État, quels que soient les moyens que nous y mettrons, et nous en mettons, et nous en mettrons encore davantage notamment en matière d’investissements, ne pourrons pas être efficaces si ce n’est pas ensemble que nous nous mobilisons.

    Pour l’emploi Outre-mer, j’ai demandé à Patrick Lebreton, qui est député de La Réunion, de me faire des propositions d’ici la fin du mois de septembre. Il devra évaluer l’impact des mesures déjà prises par notre gouvernement, mais également identifier de nouvelles pistes d’action tant dans le secteur privé que dans la fonction publique. Ces propositions feront l’objet d’un examen concerté avec les partenaires sociaux et les élus. Je voudrais aussi évoquer le rapport que m’a remis Serge Letchimy. D’abord, je voudrais le remercier parce qu’il a fait un énorme travail et je le remercie pour la qualité de ce qu’il a produit dans ce rapport qui porte sur la prise en compte des spécificités des régions ultra périphériques dans les politiques de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de faire le procès de l’Europe. L’Europe a apporté beaucoup aux départements d’Outre-mer. Je pense à la politique agricole, je pense au programme POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Eloignement et à l'Insularité) dont Serge Letchimy dresse d’ailleurs dans son rapport un bilan positif. De même parmi les équipements structurants construits en Martinique et dans les Outre-mer depuis les années quatre-vingts, bien peu l’ont été sans l’apport des fonds structurels européens.

    Toutefois, tout le monde convient que les spécificités des régions ultrapériphériques doivent être mieux prises en compte par les politiques communautaires. Le gouvernement va transmettre officiellement le rapport de Serge Letchimy à la Commission européenne.

    Je m’y suis engagé lorsque je l’ai reçu, afin qu’il soit désormais la base des discussions avec elle. En outre, j’ai chargé le ministre des Outre-mer de définir sur la base du rapport de Serge Letchimy avec ses homologues espagnol et portugais, d’une stratégie commune d’actions notamment en ce qui concerne les dérogations aux normes communautaires.

    Ça ne se fera pas tout seul, vous le savez bien, mais c’est une belle bataille à mener. C’est la nouvelle étape, en quelque sorte. J’ai évoqué les points positifs de ce que l’Europe a pu apporter ; maintenant on rentre dans une nouvelle étape. Il faut s’adapter, il faut s’organiser. D’ores et déjà nous avons fait entendre notre voix au cours des négociations sur la révision des règlements de la politique de cohésion. Plusieurs de nos demandes devraient d’ailleurs être prises en compte. Écoute, dialogue, respect de choix, telle est la méthode de mon gouvernement et ça vaut aussi avec l’Union européenne.

    Lors de la consultation du 24 janvier 2010 ici, dans ce département, une majorité d’électeurs martiniquais s’est prononcée en faveur de la création d’une collectivité unique, exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régi par l’article 73 de la constitution. Vous avez choisi les Martiniquais ont choisi. Cette nouvelle collectivité doit voir le jour en 2015. Les travaux préparatoires ont été engagés avec le conseil régional, Monsieur le président, avec le conseil général, Madame la présidente. Je n’en sous-estime pas la difficulté, c'est un vrai changement, mais l’État – Monsieur le Préfet, vous y veillez, et en tous cas le Ministre des Outre-mer aussi – veillera à la continuité, à apporter son aide technique si nécessaire pour que cette étape soit franchie dans les meilleures conditions possibles.

    Mais je constate avec satisfaction que les collectivités martiniquaises mettent à profit la faculté qui leur est laissée par l’article 73 de la constitution de demander plusieurs habilitations législatives afin de fixer elles-mêmes les règles en certaines matières. Le gouvernement sera très attentif à ce que ces procédures aboutissent rapidement. À ce sujet, plusieurs délibérations prises par le conseil régional de la Martinique seront bientôt publiées au Journal Officiel.

    Mesdames et Messieurs, ne nous voilons pas la face : la situation économique et financière qu’a trouvée le gouvernement il y a un an ne rend pas la tâche facile, ne me rend pas la tâche facile. Il faut s’attaquer à cette situation avec vérité, courage et continuité, c'est-à-dire éviter toute facilité et toute démagogie comme si le problème était déjà réglé et qu’on pouvait faire comme avant. Vivre au-dessus de ses moyens n’est pas une politique responsable, donc ce n’est pas celle que je vous présenterai ce soir. Mais le sérieux budgétaire, ce n’est pas non plus l’objectif en soi ; ce n’est qu’un moyen. S’il faut réduire les déficits, c’est pour éviter la fuite en avant. La fuite en avant, c’est la dette qui augmente, qui augmente et qui finit par dépasser cent pourcents de la richesse nationale et à ce moment-là, vous êtes dépendant des autres.

    Vous ne décidez plus par vous-même, donc c’est une question de souveraineté pour la France, c'est une question d’indépendance pour la France. Je n’ai pas envie qu’on nous dicte ce que nous avons à faire, ce que les marchés financiers exigent de nous et que nous ne voudrions pas faire. Donc le sérieux budgétaire, c’est une des conditions et nous continuerons de le tenir, mais sérieux budgétaire ne veut pas dire qu’on ne peut plus rien faire et je ne suis pas venu vous dire cela non plus. Je suis venu vous dire, au contraire, que gouverner c'est choisir et donc c’est faire des choix. Les choix que nous avons faits sont clairs : c’est celui de l’emploi, celui de la formation professionnelle et de l’éducation, c'est celui de la sécurité, c’est celui de la justice. Mais c'est aussi celui de l’égalité entre les territoires et donc pour les Outre-mer, je le dis ici ce soir y compris dans la préparation du budget 2014, notre effort se poursuivra. Parce qu’il est nécessaire, parce qu’il est légitime, parce qu’il est juste.

    Je ne vous dis pas que c’est facile ; nous discutons avec Victorin Lurel qui défend bien son budget et il a raison. Je crois qu’en 2014, nous aurons un bon budget, notamment la ligne budgétaire unique à laquelle je veille particulièrement qui était aussi un engagement, puis beaucoup d’autres choses sur lesquelles j’aurai à m’exprimer demain plus précisément et qui font l’objet d’interrogations, de préoccupations.

    Je voudrais, parce que j’ai déjà été trop long, conclure mon intervention par une pensée pour Thierry Dol, otage depuis le 16 septembre 2010 avec trois compagnons : Pierre Legrand, Daniel Larribe et Marc Féret. C'est la France qui est touchée au cœur par la détention de nos compatriotes et la Martinique est évidemment particulièrement émue, et vous l’avez exprimé les uns et les autres cet après-midi par cette situation. Je voudrais saluer la famille de Thierry Dol, ses proches, ses amis, tous ceux qui sont à leurs côtés et qui leur manifestent leur soutien, leur affection.

    Je pense aux habitants de la commune du François dont il est originaire et dont le sénateur Maurice Antiste est le maire. Demain je rencontrerai ses parents. Je tiens à vous dire que mon gouvernement et avec le président de la République, chaque semaine – je pourrais dire chaque jour –non seulement nous avons une pensée, mais ce serait insuffisant, mais nous agissons pour obtenir leur libération.

    Je ne peux pas vous en dire plus, les informations sur leur état de santé sont rassurantes mais ce que nous voulons, c’est les trouver et les libérer, et donc ce travail se fait dans la discrétion et chacun le comprend. C’est aussi pour leur sécurité et pour l’efficacité de l’objectif qui est de les libérer. En tous cas ce soir, c’est à Thierry Dol, à ses parents, à sa famille, à ses amis que je pense avec vous, et aux autres otages. J’espère ainsi que le plus vite possible nous pourrons les retrouver et fêter ensemble leur liberté.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.
  • Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013. Photo Réveil FM

    Madame, Messieurs les Ministres,

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires, dont certains que j’ai déjà vus cet après-midi, que je suis heureux de revoir,

    Monsieur le Président du conseil régional et Madame la Présidente du conseil général,

    Monsieur le Préfet,

    Monsieur le Maire de Schoelcher et Mesdames et Messieurs les maires,

    Mesdames, Messieurs,

    J’ai entamé ici en Martinique mon premier déplacement en Outre-mer depuis que je suis chef du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que je viens dans ce département, dans cette belle région, mais c'est dans d’autres fonctions que je suis là, devant vous ce soir, et dès mon arrivée cet après-midi sur cette terre martiniquaise puis tout au long des cérémonies par lesquelles nous avons honoré la mémoire d’Aimé Césaire, en me rendant à l’ancienne mairie de Fort-de-France, j’ai ressenti une vraie émotion, je dois vous le dire. J’ai connu Aimé Césaire, je l’ai connu comme député. Il était même membre de mon groupe entre 1986 et 1993, mais c’était pour nous une tellement grande personnalité qui nous impressionnait. Je l’ai rencontré aussi une fois comme maire de Fort-de-France dans son bureau, tout là-haut, où il recevait tout le monde, des visiteurs du monde entier mais aussi des gens modestes et qu’il écoutait avec beaucoup de respect et d’attention. Cet après-midi, nous avons vu son bureau – j’allais dire son premier bureau, celui où il s’était installé lors de sa première élection, dans cette vieille mairie et puis ensuite, il y est revenu comme maire honoraire et nous avons inauguré avec le maire de Fort-de-France ce mémorial en quelque sorte à Aimé Césaire, reconstituant les objets, le lieu, les écrits, les signes qui symbolisent Aimé Césaire et qui le rendent toujours aussi présent et aussi vivant à travers les valeurs, les idées qu’il a portées et qui guident notre action, et qui sont aussi celles qui motivent les Martiniquais au cœur de leur engagement.

    Donc je voulais, comme l’a fait ce matin le président de la République au Panthéon, rendre hommage au nom de la République, au nom de la nation toute entière, à ce grand homme qui honore la Martinique mais aussi qui honore la France parce qu’il porte des valeurs qui nous dépassent, qui sont des valeurs universelles.

    Cette belle synthèse qu’il a su faire entre, j’allais dire les Martiniquais, les Caribéens, les Français et les Européens, je crois que pour nous ça doit être une référence par rapport à ce que nous avons à faire aujourd'hui. Et aujourd'hui la République, si elle lui a rendu hommage, c’est aussi pour poursuivre un combat. Cette belle synthèse inspire la conception que mon gouvernement a de la Martinique, et plus généralement des Outre-mer au sein de la République.

    Les Outre-mer ont chacune leur identité, leur culture, leur tradition, leur langue, mais ensemble avec tous les autres territoires de la France, ils forment ces territoires la République française, avec ce qu’elle représente comme valeurs et la principale valeur, c’est celle de l’égalité entre les citoyens et l’égalité entre les territoires. C’est ce qui avait motivé d’ailleurs ce combat pour la départementalisation qui permettait l’égalité des droits et ce n’était pas n’importe quel combat. Ce combat n’est pas fini et doit se poursuivre.

    Vue partielle de l'assistance de la société civile. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault entouré de ses ministres. Photo Réveil FM

    Ce soir je suis devant vous, Mesdames et Messieurs les représentants des forces vives de la Martinique, tous ceux qui jouent un rôle. Un rôle important dans le développement économique et social, la vie associative mais aussi la vie culturelle. C'est vous qui chaque jour construisez l’avenir de la Martinique et le gouvernement est là à vos côtés pour vous aider, mais pas pour faire non plus à votre place, et je sais que l’attente est forte. Je sais aussi le lien particulier qui s’est noué entre les Martiniquais et le président de la République François Hollande à l’occasion de l’élection présidentielle. Je suis venu aussi vous apporter de sa part un message d’affection, un message d’engagement, un message de soutien et de solidarité.

    Le programme que François Hollande a présenté aux Françaises et aux Français se résume à soixante grandes propositions qui sont des engagements pour la France, mais il a pris des engagements particuliers pour les Outre-mer, trente engagements spécifiques après une décennie où le lien entre la République et les Outre-mer s’est distendu. Ces trente engagements sont la référence de l’action de mon gouvernement. Désormais, comme c’était un des trente engagements, les Outre-mer disposent d’un ministère de plein exercice qui joue pleinement son rôle de coordination et d’impulsion de la politique gouvernementale en lien direct avec moi, comme chef de gouvernement. C’est le travail que fait chaque jour Victorin Lurel, et je profite de cette occasion encore une fois pour le remercier pour sa disponibilité, son dévouement, son courage mais aussi sa détermination à défendre les Outre-mer.

    Parce qu’il est important que les Outre-mer soient prises en compte dans la conception même des réformes. Il est fini le temps où il fallait attendre des mois, voire des années, pour que les politiques nationales soient mises en œuvre Outre-mer. Les premiers emplois d’avenir Outre-mer ont été signés à La Réunion, c’était au début Monsieur le Député, le jour-même où le chef de l’État en faisait de même dans l’Hexagone.

    C’était un symbole pour montrer que nous avançons d’un même pas. La première phase de l’action de mon gouvernement a été placée sous le signe de la lutte contre la vie chère. Je sais que c’est toujours une question d’actualité, mais parce que les prix où en tous cas certains prix ont atteint Outre-mer un niveau anormal, parfois insupportable pour beaucoup de nos concitoyens, le premier texte qui a été voté par le Parlement, un des premiers textes dès l’installation de la nouvelle majorité, c’est le projet de loi de régulation économique Outre-mer qui a été porté par Victorin Lurel.

    Cette loi, je dois dire, a fait l’objet d’un consensus puisqu’elle a été adoptée sans opposition. J’y vois là un signe positif. Cette loi s’attaque aux racines-mêmes de la vie chère. Certains disent que les choses n’avancent pas assez vite, qu’elles ne portent pas assez leurs fruits. Mais quand on s’attaque aux racines du mal, il faut du temps pour en voir tous les bénéfices, mais en tous cas la conception-même de cette loi, c'est de ne pas mettre en place une économie administrée, une économie bureaucratisée mais parce que nous savons bien que les entreprises, ce sont elles qui investissent, ce sont elles qui créent les emplois, ce sont elles qui développent le territoire, elles doivent bien entendu aussi gagner de l’argent sinon elles n’existent plus.

    Et donc, il faut les aider et leur créer un environnement favorable, donc ce n’est pas à opposer entre une régulation des prix et à opposer à une efficacité économique. C’est pour ça que dans cette loi a été mis en place le bouclier qualité prix et je constate qu’il y a déjà des résultats, qui a permis de faire baisser les prix des produits de grande consommation de dix pourcents en Martinique, sans solliciter pour autant le contribuable, sans subventions publiques. Vous allez me dire pourquoi ? Parce que ! On peut aussi agir sans à chaque fois demander de l’argent supplémentaire aux contribuables. Certains nous reprochent parfois d’en demander de trop. C’est vrai parfois, c’est vrai aussi pour les collectivités locales. Donc quand on peut agir autrement, par la régulation, par de nouvelles règles du jeu qui, en quelque sorte, ont permis aussi d’accroître une certaine forme de compétition entre les entreprises et donc qui bénéficie aux consommateurs ; c’est le résultat de cette nouvelle législation.

    Au cours de cette première phase, le gouvernement, nous avons aussi lancé un plan de rattrapage des investissements Outre-mer et réévaluer le budget du ministère des Outre-mer avec une attention particulière pour le logement et en particulier le logement social et cet engagement va se poursuivre. Mais notre combat prioritaire, évidemment vous le savez, ce n’est pas vrai qu’en Martinique, je l’ai dit il y a quelques instants à la télévision, c’est le combat pour la croissance et l’emploi.

    Laurent Prévost, Préfet de la Martinique. Photo Réveil FM

    Madame Brigitte Ayrault, épouse du Premier ministre. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault parlant à une personnalité de la société civile martiniquaise. Photo Réveil FM

    Ce n'est pas parce que les chiffres de ce mois-ci sont meilleurs que nous allons nous en satisfaire. Pas du tout ! Pas un seul instant ! Je crois qu’au contraire la bataille pour l’emploi doit redoubler d’efforts. Elle doit mobiliser tous les acteurs : les acteurs économiques, les acteurs publics, les collectivités territoriales et l’État à leurs côtés, mais bien entendu aussi les associations et c'est là que nous pouvons avancer ensemble. Parce que la crise économique, elle frappe durement certains de nos territoires et notamment la Martinique.

    Depuis un an, le gouvernement travaille sans relâche pour redonner des perspectives et d’abord aux jeunes qui sont touchés plus encore que les autres par le chômage. C’est pourquoi nous avons lancé tout de suite ce programme des emplois d’avenir et des contrats de génération. Pour favoriser l’insertion des jeunes, nous sommes également déterminés à développer – et déjà certaines sont engagées – des formations spécifiques pour les jeunes sans diplôme ni qualification.

    Je pense à ce qui est fait comme le service militaire adapté, ce qui est fait avec l’école de la deuxième chance, mais il faut aller encore plus loin et prendre des mesures audacieuses pour relancer la machine économique et trois axes prioritaires guideront l’action de mon gouvernement au cours des prochains mois.

    En premier lieu, j’ai demandé à Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, d’élaborer un projet de loi relatif au développement et à la modernisation de l’économie des Outre-mer, pour y décliner le pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi que j’ai présenté à la suite de la remise par Louis Gallois de son rapport sur l’état de notre économie et particulièrement notre industrie. Il s’agit de concentrer notamment l’action publique pour soutenir des filières de production locales bien identifiées, mais aussi d’aider au développement de l’économie sociale et solidaire, véritable gisement d’emplois. En deuxième lieu, nous voulons placer les Outre-mer à la pointe de la transition énergétique.

    Ce sont des territoires d’innovation, ce sont des territoires d’expérimentation. Le prochain projet de loi relatif à la transition énergétique vous donnera les moyens de fonder un nouveau modèle de croissance. Enfin, mon gouvernement entend développer en Outre-mer l’économie du savoir. Ce doit être une priorité compte tenu de votre environnement régional ; nous en parlions, Monsieur le Maire, il y a quelques instants. Puis sur toutes ces questions, mon gouvernement poursuivra son travail avec la méthode qui est la mienne et qui est celle de tout le gouvernement : c’est le dialogue social. L’année qui vient de s’écouler a montré quelques résultats qui ont pu nous permettre d’aboutir, avec les partenaires sociaux. Il n’y aura pas de réforme durable, il n’y aura pas de réforme d’ampleur si nous ne sommes pas capable de trouver les bons compromis avec les partenaires sociaux. Je me félicite que cette année les enjeux des Outre-mer aient été encore plus présents lors de la deuxième grande conférence sociale qui vient de se terminer la semaine dernière.

    Mais je voudrais vous dire, Mesdames et Messieurs les élus, que nous avons besoin, que le gouvernement a besoin de vous, de votre mobilisation, les collectivités territoriales. Je sais que vous faites déjà beaucoup. J’ai entendu, Madame la Présidente du conseil général, votre intervention. Je sais, Monsieur le président du Conseil régional, comme beaucoup de communes vous faites déjà aussi beaucoup. Je pense aux emplois d’avenir pour les vingt-cinq pourcents restants qu’il faut financer, notamment du côté des employeurs publics ou associatifs ; vous apportez votre contribution et je tiens à vous en remercier car au bout du compte, c’est des jeunes qui retrouveront un emploi, une formation, qui pourront s’insérer et c'est leur famille qui retrouvera confiance. Mais sans l’engagement des collectivités locales, l’État serait impuissant car énormément de politiques publiques ne peuvent se faire qu’ensemble, même pour l’école.

    L’école, les rythmes scolaires la construction scolaire, les constructions scolaires, le périscolaire, c’est l’œuvre des collectivités locales même si l’éducation nationale a ses missions auxquelles elle doit, évidemment, se conformer. Je pourrais prendre le logement que j’ai cité il y a quelques instants. S’il n’y a pas de projets locaux d’urbanisme, alors il n’y aura pas de logements même si les financements sont là. C’est vrai pour l’emploi, c’est vrai pour tous autres investissements d’infrastructures : les collectivités locales jouent un rôle-clef y compris dans la lutte contre toutes les formes de pauvreté. C’est important, y compris pour la sécurité.

    La sécurité, c’est une responsabilité régalienne de l’État ; la police, la gendarmerie, la justice, sauf que beaucoup de politiques sont coproduites. Qui est en première ligne lorsqu’il y a un problème de sécurité dans une commune ? C’est le maire auquel on vient s’adresser. Monsieur le Préfet, peut-être à vous aussi mais en tous cas les maires sont en première ligne et pas toujours en capacité de répondre, mais parce que ce sont les interlocuteurs des habitants. C’est eux qui reçoivent les gens. Je citais tout à l'heure Aimé Césaire, mais les autres le font aussi, et donc ils sont des médiateurs. Mais ils sont plus que des médiateurs, ils sont aussi les animateurs des politiques de prévention de la délinquance avec le conseil général et je crois que c’est ça que je voulais vous dire aussi. Les politiques publiques de l’État, quels que soient les moyens que nous y mettrons, et nous en mettons, et nous en mettrons encore davantage notamment en matière d’investissements, ne pourrons pas être efficaces si ce n’est pas ensemble que nous nous mobilisons.

    Pour l’emploi Outre-mer, j’ai demandé à Patrick Lebreton, qui est député de La Réunion, de me faire des propositions d’ici la fin du mois de septembre. Il devra évaluer l’impact des mesures déjà prises par notre gouvernement, mais également identifier de nouvelles pistes d’action tant dans le secteur privé que dans la fonction publique. Ces propositions feront l’objet d’un examen concerté avec les partenaires sociaux et les élus. Je voudrais aussi évoquer le rapport que m’a remis Serge Letchimy. D’abord, je voudrais le remercier parce qu’il a fait un énorme travail et je le remercie pour la qualité de ce qu’il a produit dans ce rapport qui porte sur la prise en compte des spécificités des régions ultra périphériques dans les politiques de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de faire le procès de l’Europe. L’Europe a apporté beaucoup aux départements d’Outre-mer. Je pense à la politique agricole, je pense au programme POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Eloignement et à l'Insularité) dont Serge Letchimy dresse d’ailleurs dans son rapport un bilan positif. De même parmi les équipements structurants construits en Martinique et dans les Outre-mer depuis les années quatre-vingts, bien peu l’ont été sans l’apport des fonds structurels européens.

    Toutefois, tout le monde convient que les spécificités des régions ultrapériphériques doivent être mieux prises en compte par les politiques communautaires. Le gouvernement va transmettre officiellement le rapport de Serge Letchimy à la Commission européenne.

    Je m’y suis engagé lorsque je l’ai reçu, afin qu’il soit désormais la base des discussions avec elle. En outre, j’ai chargé le ministre des Outre-mer de définir sur la base du rapport de Serge Letchimy avec ses homologues espagnol et portugais, d’une stratégie commune d’actions notamment en ce qui concerne les dérogations aux normes communautaires.

    Ça ne se fera pas tout seul, vous le savez bien, mais c’est une belle bataille à mener. C’est la nouvelle étape, en quelque sorte. J’ai évoqué les points positifs de ce que l’Europe a pu apporter ; maintenant on rentre dans une nouvelle étape. Il faut s’adapter, il faut s’organiser. D’ores et déjà nous avons fait entendre notre voix au cours des négociations sur la révision des règlements de la politique de cohésion. Plusieurs de nos demandes devraient d’ailleurs être prises en compte. Écoute, dialogue, respect de choix, telle est la méthode de mon gouvernement et ça vaut aussi avec l’Union européenne.

    Lors de la consultation du 24 janvier 2010 ici, dans ce département, une majorité d’électeurs martiniquais s’est prononcée en faveur de la création d’une collectivité unique, exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régi par l’article 73 de la constitution. Vous avez choisi les Martiniquais ont choisi. Cette nouvelle collectivité doit voir le jour en 2015. Les travaux préparatoires ont été engagés avec le conseil régional, Monsieur le président, avec le conseil général, Madame la présidente. Je n’en sous-estime pas la difficulté, c'est un vrai changement, mais l’État – Monsieur le Préfet, vous y veillez, et en tous cas le Ministre des Outre-mer aussi – veillera à la continuité, à apporter son aide technique si nécessaire pour que cette étape soit franchie dans les meilleures conditions possibles.

    Mais je constate avec satisfaction que les collectivités martiniquaises mettent à profit la faculté qui leur est laissée par l’article 73 de la constitution de demander plusieurs habilitations législatives afin de fixer elles-mêmes les règles en certaines matières. Le gouvernement sera très attentif à ce que ces procédures aboutissent rapidement. À ce sujet, plusieurs délibérations prises par le conseil régional de la Martinique seront bientôt publiées au Journal Officiel.

    Mesdames et Messieurs, ne nous voilons pas la face : la situation économique et financière qu’a trouvée le gouvernement il y a un an ne rend pas la tâche facile, ne me rend pas la tâche facile. Il faut s’attaquer à cette situation avec vérité, courage et continuité, c'est-à-dire éviter toute facilité et toute démagogie comme si le problème était déjà réglé et qu’on pouvait faire comme avant. Vivre au-dessus de ses moyens n’est pas une politique responsable, donc ce n’est pas celle que je vous présenterai ce soir. Mais le sérieux budgétaire, ce n’est pas non plus l’objectif en soi ; ce n’est qu’un moyen. S’il faut réduire les déficits, c’est pour éviter la fuite en avant. La fuite en avant, c’est la dette qui augmente, qui augmente et qui finit par dépasser cent pourcents de la richesse nationale et à ce moment-là, vous êtes dépendant des autres.

    Vous ne décidez plus par vous-même, donc c’est une question de souveraineté pour la France, c'est une question d’indépendance pour la France. Je n’ai pas envie qu’on nous dicte ce que nous avons à faire, ce que les marchés financiers exigent de nous et que nous ne voudrions pas faire. Donc le sérieux budgétaire, c’est une des conditions et nous continuerons de le tenir, mais sérieux budgétaire ne veut pas dire qu’on ne peut plus rien faire et je ne suis pas venu vous dire cela non plus. Je suis venu vous dire, au contraire, que gouverner c'est choisir et donc c’est faire des choix. Les choix que nous avons faits sont clairs : c’est celui de l’emploi, celui de la formation professionnelle et de l’éducation, c'est celui de la sécurité, c’est celui de la justice. Mais c'est aussi celui de l’égalité entre les territoires et donc pour les Outre-mer, je le dis ici ce soir y compris dans la préparation du budget 2014, notre effort se poursuivra. Parce qu’il est nécessaire, parce qu’il est légitime, parce qu’il est juste.

    Je ne vous dis pas que c’est facile ; nous discutons avec Victorin Lurel qui défend bien son budget et il a raison. Je crois qu’en 2014, nous aurons un bon budget, notamment la ligne budgétaire unique à laquelle je veille particulièrement qui était aussi un engagement, puis beaucoup d’autres choses sur lesquelles j’aurai à m’exprimer demain plus précisément et qui font l’objet d’interrogations, de préoccupations.

    Je voudrais, parce que j’ai déjà été trop long, conclure mon intervention par une pensée pour Thierry Dol, otage depuis le 16 septembre 2010 avec trois compagnons : Pierre Legrand, Daniel Larribe et Marc Féret. C'est la France qui est touchée au cœur par la détention de nos compatriotes et la Martinique est évidemment particulièrement émue, et vous l’avez exprimé les uns et les autres cet après-midi par cette situation. Je voudrais saluer la famille de Thierry Dol, ses proches, ses amis, tous ceux qui sont à leurs côtés et qui leur manifestent leur soutien, leur affection.

    Je pense aux habitants de la commune du François dont il est originaire et dont le sénateur Maurice Antiste est le maire. Demain je rencontrerai ses parents. Je tiens à vous dire que mon gouvernement et avec le président de la République, chaque semaine – je pourrais dire chaque jour –non seulement nous avons une pensée, mais ce serait insuffisant, mais nous agissons pour obtenir leur libération.

    Je ne peux pas vous en dire plus, les informations sur leur état de santé sont rassurantes mais ce que nous voulons, c’est les trouver et les libérer, et donc ce travail se fait dans la discrétion et chacun le comprend. C’est aussi pour leur sécurité et pour l’efficacité de l’objectif qui est de les libérer. En tous cas ce soir, c’est à Thierry Dol, à ses parents, à sa famille, à ses amis que je pense avec vous, et aux autres otages. J’espère ainsi que le plus vite possible nous pourrons les retrouver et fêter ensemble leur liberté.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.
  • Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Allocution de Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013

    Jean-Marc Ayrault lors de la réception à la société civile à l’hôtel La Batelière – Fort-de-France - Mercredi 26 juin 2013. Photo Réveil FM

    Madame, Messieurs les Ministres,

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires, dont certains que j’ai déjà vus cet après-midi, que je suis heureux de revoir,

    Monsieur le Président du conseil régional et Madame la Présidente du conseil général,

    Monsieur le Préfet,

    Monsieur le Maire de Schoelcher et Mesdames et Messieurs les maires,

    Mesdames, Messieurs,

    J’ai entamé ici en Martinique mon premier déplacement en Outre-mer depuis que je suis chef du gouvernement. Ce n’est pas la première fois que je viens dans ce département, dans cette belle région, mais c'est dans d’autres fonctions que je suis là, devant vous ce soir, et dès mon arrivée cet après-midi sur cette terre martiniquaise puis tout au long des cérémonies par lesquelles nous avons honoré la mémoire d’Aimé Césaire, en me rendant à l’ancienne mairie de Fort-de-France, j’ai ressenti une vraie émotion, je dois vous le dire. J’ai connu Aimé Césaire, je l’ai connu comme député. Il était même membre de mon groupe entre 1986 et 1993, mais c’était pour nous une tellement grande personnalité qui nous impressionnait. Je l’ai rencontré aussi une fois comme maire de Fort-de-France dans son bureau, tout là-haut, où il recevait tout le monde, des visiteurs du monde entier mais aussi des gens modestes et qu’il écoutait avec beaucoup de respect et d’attention. Cet après-midi, nous avons vu son bureau – j’allais dire son premier bureau, celui où il s’était installé lors de sa première élection, dans cette vieille mairie et puis ensuite, il y est revenu comme maire honoraire et nous avons inauguré avec le maire de Fort-de-France ce mémorial en quelque sorte à Aimé Césaire, reconstituant les objets, le lieu, les écrits, les signes qui symbolisent Aimé Césaire et qui le rendent toujours aussi présent et aussi vivant à travers les valeurs, les idées qu’il a portées et qui guident notre action, et qui sont aussi celles qui motivent les Martiniquais au cœur de leur engagement.

    Donc je voulais, comme l’a fait ce matin le président de la République au Panthéon, rendre hommage au nom de la République, au nom de la nation toute entière, à ce grand homme qui honore la Martinique mais aussi qui honore la France parce qu’il porte des valeurs qui nous dépassent, qui sont des valeurs universelles.

    Cette belle synthèse qu’il a su faire entre, j’allais dire les Martiniquais, les Caribéens, les Français et les Européens, je crois que pour nous ça doit être une référence par rapport à ce que nous avons à faire aujourd'hui. Et aujourd'hui la République, si elle lui a rendu hommage, c’est aussi pour poursuivre un combat. Cette belle synthèse inspire la conception que mon gouvernement a de la Martinique, et plus généralement des Outre-mer au sein de la République.

    Les Outre-mer ont chacune leur identité, leur culture, leur tradition, leur langue, mais ensemble avec tous les autres territoires de la France, ils forment ces territoires la République française, avec ce qu’elle représente comme valeurs et la principale valeur, c’est celle de l’égalité entre les citoyens et l’égalité entre les territoires. C’est ce qui avait motivé d’ailleurs ce combat pour la départementalisation qui permettait l’égalité des droits et ce n’était pas n’importe quel combat. Ce combat n’est pas fini et doit se poursuivre.

    Vue partielle de l'assistance de la société civile. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault entouré de ses ministres. Photo Réveil FM

    Ce soir je suis devant vous, Mesdames et Messieurs les représentants des forces vives de la Martinique, tous ceux qui jouent un rôle. Un rôle important dans le développement économique et social, la vie associative mais aussi la vie culturelle. C'est vous qui chaque jour construisez l’avenir de la Martinique et le gouvernement est là à vos côtés pour vous aider, mais pas pour faire non plus à votre place, et je sais que l’attente est forte. Je sais aussi le lien particulier qui s’est noué entre les Martiniquais et le président de la République François Hollande à l’occasion de l’élection présidentielle. Je suis venu aussi vous apporter de sa part un message d’affection, un message d’engagement, un message de soutien et de solidarité.

    Le programme que François Hollande a présenté aux Françaises et aux Français se résume à soixante grandes propositions qui sont des engagements pour la France, mais il a pris des engagements particuliers pour les Outre-mer, trente engagements spécifiques après une décennie où le lien entre la République et les Outre-mer s’est distendu. Ces trente engagements sont la référence de l’action de mon gouvernement. Désormais, comme c’était un des trente engagements, les Outre-mer disposent d’un ministère de plein exercice qui joue pleinement son rôle de coordination et d’impulsion de la politique gouvernementale en lien direct avec moi, comme chef de gouvernement. C’est le travail que fait chaque jour Victorin Lurel, et je profite de cette occasion encore une fois pour le remercier pour sa disponibilité, son dévouement, son courage mais aussi sa détermination à défendre les Outre-mer.

    Parce qu’il est important que les Outre-mer soient prises en compte dans la conception même des réformes. Il est fini le temps où il fallait attendre des mois, voire des années, pour que les politiques nationales soient mises en œuvre Outre-mer. Les premiers emplois d’avenir Outre-mer ont été signés à La Réunion, c’était au début Monsieur le Député, le jour-même où le chef de l’État en faisait de même dans l’Hexagone.

    C’était un symbole pour montrer que nous avançons d’un même pas. La première phase de l’action de mon gouvernement a été placée sous le signe de la lutte contre la vie chère. Je sais que c’est toujours une question d’actualité, mais parce que les prix où en tous cas certains prix ont atteint Outre-mer un niveau anormal, parfois insupportable pour beaucoup de nos concitoyens, le premier texte qui a été voté par le Parlement, un des premiers textes dès l’installation de la nouvelle majorité, c’est le projet de loi de régulation économique Outre-mer qui a été porté par Victorin Lurel.

    Cette loi, je dois dire, a fait l’objet d’un consensus puisqu’elle a été adoptée sans opposition. J’y vois là un signe positif. Cette loi s’attaque aux racines-mêmes de la vie chère. Certains disent que les choses n’avancent pas assez vite, qu’elles ne portent pas assez leurs fruits. Mais quand on s’attaque aux racines du mal, il faut du temps pour en voir tous les bénéfices, mais en tous cas la conception-même de cette loi, c'est de ne pas mettre en place une économie administrée, une économie bureaucratisée mais parce que nous savons bien que les entreprises, ce sont elles qui investissent, ce sont elles qui créent les emplois, ce sont elles qui développent le territoire, elles doivent bien entendu aussi gagner de l’argent sinon elles n’existent plus.

    Et donc, il faut les aider et leur créer un environnement favorable, donc ce n’est pas à opposer entre une régulation des prix et à opposer à une efficacité économique. C’est pour ça que dans cette loi a été mis en place le bouclier qualité prix et je constate qu’il y a déjà des résultats, qui a permis de faire baisser les prix des produits de grande consommation de dix pourcents en Martinique, sans solliciter pour autant le contribuable, sans subventions publiques. Vous allez me dire pourquoi ? Parce que ! On peut aussi agir sans à chaque fois demander de l’argent supplémentaire aux contribuables. Certains nous reprochent parfois d’en demander de trop. C’est vrai parfois, c’est vrai aussi pour les collectivités locales. Donc quand on peut agir autrement, par la régulation, par de nouvelles règles du jeu qui, en quelque sorte, ont permis aussi d’accroître une certaine forme de compétition entre les entreprises et donc qui bénéficie aux consommateurs ; c’est le résultat de cette nouvelle législation.

    Au cours de cette première phase, le gouvernement, nous avons aussi lancé un plan de rattrapage des investissements Outre-mer et réévaluer le budget du ministère des Outre-mer avec une attention particulière pour le logement et en particulier le logement social et cet engagement va se poursuivre. Mais notre combat prioritaire, évidemment vous le savez, ce n’est pas vrai qu’en Martinique, je l’ai dit il y a quelques instants à la télévision, c’est le combat pour la croissance et l’emploi.

    Laurent Prévost, Préfet de la Martinique. Photo Réveil FM

    Madame Brigitte Ayrault, épouse du Premier ministre. Photo Réveil FM

    Jean-Marc Ayrault parlant à une personnalité de la société civile martiniquaise. Photo Réveil FM

    Ce n'est pas parce que les chiffres de ce mois-ci sont meilleurs que nous allons nous en satisfaire. Pas du tout ! Pas un seul instant ! Je crois qu’au contraire la bataille pour l’emploi doit redoubler d’efforts. Elle doit mobiliser tous les acteurs : les acteurs économiques, les acteurs publics, les collectivités territoriales et l’État à leurs côtés, mais bien entendu aussi les associations et c'est là que nous pouvons avancer ensemble. Parce que la crise économique, elle frappe durement certains de nos territoires et notamment la Martinique.

    Depuis un an, le gouvernement travaille sans relâche pour redonner des perspectives et d’abord aux jeunes qui sont touchés plus encore que les autres par le chômage. C’est pourquoi nous avons lancé tout de suite ce programme des emplois d’avenir et des contrats de génération. Pour favoriser l’insertion des jeunes, nous sommes également déterminés à développer – et déjà certaines sont engagées – des formations spécifiques pour les jeunes sans diplôme ni qualification.

    Je pense à ce qui est fait comme le service militaire adapté, ce qui est fait avec l’école de la deuxième chance, mais il faut aller encore plus loin et prendre des mesures audacieuses pour relancer la machine économique et trois axes prioritaires guideront l’action de mon gouvernement au cours des prochains mois.

    En premier lieu, j’ai demandé à Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, d’élaborer un projet de loi relatif au développement et à la modernisation de l’économie des Outre-mer, pour y décliner le pacte national pour la compétitivité, la croissance et l’emploi que j’ai présenté à la suite de la remise par Louis Gallois de son rapport sur l’état de notre économie et particulièrement notre industrie. Il s’agit de concentrer notamment l’action publique pour soutenir des filières de production locales bien identifiées, mais aussi d’aider au développement de l’économie sociale et solidaire, véritable gisement d’emplois. En deuxième lieu, nous voulons placer les Outre-mer à la pointe de la transition énergétique.

    Ce sont des territoires d’innovation, ce sont des territoires d’expérimentation. Le prochain projet de loi relatif à la transition énergétique vous donnera les moyens de fonder un nouveau modèle de croissance. Enfin, mon gouvernement entend développer en Outre-mer l’économie du savoir. Ce doit être une priorité compte tenu de votre environnement régional ; nous en parlions, Monsieur le Maire, il y a quelques instants. Puis sur toutes ces questions, mon gouvernement poursuivra son travail avec la méthode qui est la mienne et qui est celle de tout le gouvernement : c’est le dialogue social. L’année qui vient de s’écouler a montré quelques résultats qui ont pu nous permettre d’aboutir, avec les partenaires sociaux. Il n’y aura pas de réforme durable, il n’y aura pas de réforme d’ampleur si nous ne sommes pas capable de trouver les bons compromis avec les partenaires sociaux. Je me félicite que cette année les enjeux des Outre-mer aient été encore plus présents lors de la deuxième grande conférence sociale qui vient de se terminer la semaine dernière.

    Mais je voudrais vous dire, Mesdames et Messieurs les élus, que nous avons besoin, que le gouvernement a besoin de vous, de votre mobilisation, les collectivités territoriales. Je sais que vous faites déjà beaucoup. J’ai entendu, Madame la Présidente du conseil général, votre intervention. Je sais, Monsieur le président du Conseil régional, comme beaucoup de communes vous faites déjà aussi beaucoup. Je pense aux emplois d’avenir pour les vingt-cinq pourcents restants qu’il faut financer, notamment du côté des employeurs publics ou associatifs ; vous apportez votre contribution et je tiens à vous en remercier car au bout du compte, c’est des jeunes qui retrouveront un emploi, une formation, qui pourront s’insérer et c'est leur famille qui retrouvera confiance. Mais sans l’engagement des collectivités locales, l’État serait impuissant car énormément de politiques publiques ne peuvent se faire qu’ensemble, même pour l’école.

    L’école, les rythmes scolaires la construction scolaire, les constructions scolaires, le périscolaire, c’est l’œuvre des collectivités locales même si l’éducation nationale a ses missions auxquelles elle doit, évidemment, se conformer. Je pourrais prendre le logement que j’ai cité il y a quelques instants. S’il n’y a pas de projets locaux d’urbanisme, alors il n’y aura pas de logements même si les financements sont là. C’est vrai pour l’emploi, c’est vrai pour tous autres investissements d’infrastructures : les collectivités locales jouent un rôle-clef y compris dans la lutte contre toutes les formes de pauvreté. C’est important, y compris pour la sécurité.

    La sécurité, c’est une responsabilité régalienne de l’État ; la police, la gendarmerie, la justice, sauf que beaucoup de politiques sont coproduites. Qui est en première ligne lorsqu’il y a un problème de sécurité dans une commune ? C’est le maire auquel on vient s’adresser. Monsieur le Préfet, peut-être à vous aussi mais en tous cas les maires sont en première ligne et pas toujours en capacité de répondre, mais parce que ce sont les interlocuteurs des habitants. C’est eux qui reçoivent les gens. Je citais tout à l'heure Aimé Césaire, mais les autres le font aussi, et donc ils sont des médiateurs. Mais ils sont plus que des médiateurs, ils sont aussi les animateurs des politiques de prévention de la délinquance avec le conseil général et je crois que c’est ça que je voulais vous dire aussi. Les politiques publiques de l’État, quels que soient les moyens que nous y mettrons, et nous en mettons, et nous en mettrons encore davantage notamment en matière d’investissements, ne pourrons pas être efficaces si ce n’est pas ensemble que nous nous mobilisons.

    Pour l’emploi Outre-mer, j’ai demandé à Patrick Lebreton, qui est député de La Réunion, de me faire des propositions d’ici la fin du mois de septembre. Il devra évaluer l’impact des mesures déjà prises par notre gouvernement, mais également identifier de nouvelles pistes d’action tant dans le secteur privé que dans la fonction publique. Ces propositions feront l’objet d’un examen concerté avec les partenaires sociaux et les élus. Je voudrais aussi évoquer le rapport que m’a remis Serge Letchimy. D’abord, je voudrais le remercier parce qu’il a fait un énorme travail et je le remercie pour la qualité de ce qu’il a produit dans ce rapport qui porte sur la prise en compte des spécificités des régions ultra périphériques dans les politiques de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de faire le procès de l’Europe. L’Europe a apporté beaucoup aux départements d’Outre-mer. Je pense à la politique agricole, je pense au programme POSEI (Programme d'Options Spécifiques à l'Eloignement et à l'Insularité) dont Serge Letchimy dresse d’ailleurs dans son rapport un bilan positif. De même parmi les équipements structurants construits en Martinique et dans les Outre-mer depuis les années quatre-vingts, bien peu l’ont été sans l’apport des fonds structurels européens.

    Toutefois, tout le monde convient que les spécificités des régions ultrapériphériques doivent être mieux prises en compte par les politiques communautaires. Le gouvernement va transmettre officiellement le rapport de Serge Letchimy à la Commission européenne.

    Je m’y suis engagé lorsque je l’ai reçu, afin qu’il soit désormais la base des discussions avec elle. En outre, j’ai chargé le ministre des Outre-mer de définir sur la base du rapport de Serge Letchimy avec ses homologues espagnol et portugais, d’une stratégie commune d’actions notamment en ce qui concerne les dérogations aux normes communautaires.

    Ça ne se fera pas tout seul, vous le savez bien, mais c’est une belle bataille à mener. C’est la nouvelle étape, en quelque sorte. J’ai évoqué les points positifs de ce que l’Europe a pu apporter ; maintenant on rentre dans une nouvelle étape. Il faut s’adapter, il faut s’organiser. D’ores et déjà nous avons fait entendre notre voix au cours des négociations sur la révision des règlements de la politique de cohésion. Plusieurs de nos demandes devraient d’ailleurs être prises en compte. Écoute, dialogue, respect de choix, telle est la méthode de mon gouvernement et ça vaut aussi avec l’Union européenne.

    Lors de la consultation du 24 janvier 2010 ici, dans ce département, une majorité d’électeurs martiniquais s’est prononcée en faveur de la création d’une collectivité unique, exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régi par l’article 73 de la constitution. Vous avez choisi les Martiniquais ont choisi. Cette nouvelle collectivité doit voir le jour en 2015. Les travaux préparatoires ont été engagés avec le conseil régional, Monsieur le président, avec le conseil général, Madame la présidente. Je n’en sous-estime pas la difficulté, c'est un vrai changement, mais l’État – Monsieur le Préfet, vous y veillez, et en tous cas le Ministre des Outre-mer aussi – veillera à la continuité, à apporter son aide technique si nécessaire pour que cette étape soit franchie dans les meilleures conditions possibles.

    Mais je constate avec satisfaction que les collectivités martiniquaises mettent à profit la faculté qui leur est laissée par l’article 73 de la constitution de demander plusieurs habilitations législatives afin de fixer elles-mêmes les règles en certaines matières. Le gouvernement sera très attentif à ce que ces procédures aboutissent rapidement. À ce sujet, plusieurs délibérations prises par le conseil régional de la Martinique seront bientôt publiées au Journal Officiel.

    Mesdames et Messieurs, ne nous voilons pas la face : la situation économique et financière qu’a trouvée le gouvernement il y a un an ne rend pas la tâche facile, ne me rend pas la tâche facile. Il faut s’attaquer à cette situation avec vérité, courage et continuité, c'est-à-dire éviter toute facilité et toute démagogie comme si le problème était déjà réglé et qu’on pouvait faire comme avant. Vivre au-dessus de ses moyens n’est pas une politique responsable, donc ce n’est pas celle que je vous présenterai ce soir. Mais le sérieux budgétaire, ce n’est pas non plus l’objectif en soi ; ce n’est qu’un moyen. S’il faut réduire les déficits, c’est pour éviter la fuite en avant. La fuite en avant, c’est la dette qui augmente, qui augmente et qui finit par dépasser cent pourcents de la richesse nationale et à ce moment-là, vous êtes dépendant des autres.

    Vous ne décidez plus par vous-même, donc c’est une question de souveraineté pour la France, c'est une question d’indépendance pour la France. Je n’ai pas envie qu’on nous dicte ce que nous avons à faire, ce que les marchés financiers exigent de nous et que nous ne voudrions pas faire. Donc le sérieux budgétaire, c’est une des conditions et nous continuerons de le tenir, mais sérieux budgétaire ne veut pas dire qu’on ne peut plus rien faire et je ne suis pas venu vous dire cela non plus. Je suis venu vous dire, au contraire, que gouverner c'est choisir et donc c’est faire des choix. Les choix que nous avons faits sont clairs : c’est celui de l’emploi, celui de la formation professionnelle et de l’éducation, c'est celui de la sécurité, c’est celui de la justice. Mais c'est aussi celui de l’égalité entre les territoires et donc pour les Outre-mer, je le dis ici ce soir y compris dans la préparation du budget 2014, notre effort se poursuivra. Parce qu’il est nécessaire, parce qu’il est légitime, parce qu’il est juste.

    Je ne vous dis pas que c’est facile ; nous discutons avec Victorin Lurel qui défend bien son budget et il a raison. Je crois qu’en 2014, nous aurons un bon budget, notamment la ligne budgétaire unique à laquelle je veille particulièrement qui était aussi un engagement, puis beaucoup d’autres choses sur lesquelles j’aurai à m’exprimer demain plus précisément et qui font l’objet d’interrogations, de préoccupations.

    Je voudrais, parce que j’ai déjà été trop long, conclure mon intervention par une pensée pour Thierry Dol, otage depuis le 16 septembre 2010 avec trois compagnons : Pierre Legrand, Daniel Larribe et Marc Féret. C'est la France qui est touchée au cœur par la détention de nos compatriotes et la Martinique est évidemment particulièrement émue, et vous l’avez exprimé les uns et les autres cet après-midi par cette situation. Je voudrais saluer la famille de Thierry Dol, ses proches, ses amis, tous ceux qui sont à leurs côtés et qui leur manifestent leur soutien, leur affection.

    Je pense aux habitants de la commune du François dont il est originaire et dont le sénateur Maurice Antiste est le maire. Demain je rencontrerai ses parents. Je tiens à vous dire que mon gouvernement et avec le président de la République, chaque semaine – je pourrais dire chaque jour –non seulement nous avons une pensée, mais ce serait insuffisant, mais nous agissons pour obtenir leur libération.

    Je ne peux pas vous en dire plus, les informations sur leur état de santé sont rassurantes mais ce que nous voulons, c’est les trouver et les libérer, et donc ce travail se fait dans la discrétion et chacun le comprend. C’est aussi pour leur sécurité et pour l’efficacité de l’objectif qui est de les libérer. En tous cas ce soir, c’est à Thierry Dol, à ses parents, à sa famille, à ses amis que je pense avec vous, et aux autres otages. J’espère ainsi que le plus vite possible nous pourrons les retrouver et fêter ensemble leur liberté.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.

    Mesdames, Messieurs, je l’ai dit, c'est mon premier voyage en Outre-mer comme chef de gouvernement. Après ce bref séjour, trop bref séjour en Martinique et en Guadeloupe, j’irai à la fin du mois de juillet plus loin, en Nouvelle-Calédonie, j’espère aller aussi à La Réunion et en Guyane, mais je crois que ce déplacement pour moi était important. Au-delà de ce grand moment émouvant à la mémoire d’Aimé Césaire qui nous unit et qui nous rassemble, c’était d’adresser aux Outre-mer, au-delà de la Martinique, un message de confiance, un message de soutien, un message de solidarité et aussi de vous dire quelle est ma conviction et ma détermination pour que vivent les Outre-mer et que vive la France.
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