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  • Côte d'Ivoire: Jacqueline Chamois se dévoile et monte au créneau : « Pour l’amour de Michel Gbagbo, mon fils… »

    Côte d'Ivoire: Jacqueline Chamois se dévoile et monte au créneau : « Pour l’amour de Michel Gbagbo, mon fils… »

    Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 31 mai en début à la maison de l’Afrique à Paris, la mère de Michel Gbagbo, Jacqueline Chamois, est sortie de son silence. Cette dernière a tenu pour la première fois à évoquer publiquement la situation de son fils, prisonnier d’opinion en Côte d’Ivoire, et également celle de l’ex-président Laurent Gbagbo. Elle dénonce, entre autres, les conditions de détention et l’état de santé de son fils dans lesquels se trouve son fils tout en critiquant la justice franco-ivoirienne et tout particulièrement l’actuel président ivoirien, Alassane Ouattara, et l’ex-président français, Nicolas Sarkozy.


    La mère de Michel Gbagbo 31 mai 2012 par legrigriinternationalFace à un parterre de journalistes franco-africains et un public de supporters pro-Gbagbo, Jacqueline Chamois, ancienne compagne de Laurent Gbagbo, a tenu ce jeudi à rappeler les circonstances d’arrestation de son fils, Michel Gbagbo. Agé de quarante-deux ans, Michel Gbagbo a été arrêté le 11 avril 2011 lors de l’attaque des forces spéciales françaises et des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), alors qu’il se trouvait dans la Résidence présidentielle de son père, Laurent Gbagbo. Jacqueline Chamois, accompagnée de l’avocate du détenu, Me Habiba Touré, de l’ex-conseiller du président Gbagbo, Alain Toussaint, et d’autres personnalités telles que Patrick Finel, responsable Afrique du Front de Gauche, a dressé un bilan sur ce qu’elle appelle les « principales atteintes aux droits de la personne » dont a été victime son fils au moment de sa capture.

    Elle dénonce les opérations de bombardements et le recours aux fumigènes mis en place par l’armée française afin de neutraliser son fils et sa famille. Elle a également affirmé que son fils, ainsi que les hommes et les femmes présents dans la résidence présidentielle, ont été brutalisés et déshabillés. Mme Chamois a mentionné une lettre écrite par sa belle-fille (l’épouse de Michel Gbagbo, ndlr), décrivant le « calvaire » qu’ils ont subi pendant l’agression.

    Les conditions de détention « extrêmement déplorables » et la pratique de la « torture »Dans son réquisitoire, Jacqueline Chamois a particulièrement insisté sur les conditions de détention de son fils, qu’elle juge « extrêmement déplorables ». Elle évoque aussi le « filmage » des détenus politiques et un « traitement particulièrement injuste et de torture à l’égard de Michel Gbagbo ». Elle a fait allusion aux interdictions de visites familiales et d’un « isolement prémédité » de son fils. Mme Chamois conclut cet aspect pénitencier en évoquant une piqûre de scorpion dont aurait été victime son fils. Concernant les informations qu’elle livrait à la presse, Mme Chamois a estimé avoir désormais des informations directes venant de son fils, ce qui, selon elle, « évite que celles-ci fassent place aux rumeurs ».

    L’ex-compagne du président Gbagbo a également rappelé les efforts politiques engagés par elle et ses alliés à l’égard des autorités françaises pour la cause de son fils. Elle a indiqué que son courrier du 8 juillet 2011 à l’ancien président Nicolas Sarkozy est jusqu’à présent restée lettre morte et que seul l’ex-chef du Quai d’Orsay, Alain Juppé, avait essayé d’apporter quelques réponses à ses questions, mais que celles-ci « n’ont pas pris la mesure de la situation » et « qu’elles n’envisageaient pas des solutions pour sauver Michel des conditions de détention ».

    Toutefois, ces efforts ont onné lieu à quelques visites des autorités consulaires françaises auprès de son fils.

    « Cette situation qui perdure, suscite en moi la plus grande inquiétude »

    Jacqueline Chamois a par ailleurs déclaré attendre beaucoup du nouveau président français et a affirmé « vouloir croire » à un véritable « changement », non seulement par rapport à la situation de son fils, mais aussi de façon plus large vis-à-vis des relations entre la France et l’Afrique. Selon elle, son fils est tout simplement victime d’un « chantage politique », d’« une affaire politicienne ».

    La mère de Michel Gbagbo a envoyé, le 25 mai 2012, une seconde lettre, mais cette fois-ci au nouveau ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, dont une copie aurait été envoyée, entre autres, au président François Hollande. Dans cette missive, elle revient une nouvelle fois sur les conditions de détention de Michel Gbagbo et exige la mise en liberté immédiate de celui-ci. « Dans cet hôpital, mon fils est gardé par des hommes en armes qui lui interdisent tout contact avec ses avocats et sa famille, et ceci nonobstant l’autorisation de visite donnée par le juge d’instruction. Cette situation qui perdure, suscite en moi la plus grande inquiétude », peut-on lire dans la lettre.

    « Michel Gbagbo est détenu parce qu’il est le fils de son père »

    Alors que Mme Chamois terminait son intervention largement axée sur le cadre familial, l’avocate de Michel Gbagbo, Me Touré, a livré une véritable diatribe à l’attention de la France et de la Côte d’Ivoire.

    Me Touré a notamment parlé d’une justice « à deux vitesses », d’une politique de « deux poids, deux mesures » et des agissements purement « politiciens à l’égard de Michel ». Elle remet en cause la loi sur l’assignation en résidence en Côte d’Ivoire qui, en principe, n’existe pas dans la législation du pays : « Michel a été détenu arbitrairement, car il n y a aucun décret légal qui justifie son arrestation. »

    Me Touré est revenu sur l’état de santé de Michel Gbagbo, en déclarant que ce dernier « a perdu des dents » et a été victime de « plusieurs problèmes gastriques », ce qui, d’après elle, souligne le caractère particulier de sa détention et les traitements « inappropriés » auxquels il est « cruellement » exposé. Son état de santé, qui s’est « considérablement dégradé », l’a conduit a un récent transfert à l’hôpital.

    La justice ivoirienne « n’est pas indépendante »

    En outre, l’avocate pointe du doigt un « système généralisé », une « rage injustifiée contre Michel Gbagbo », car « même les geôliers n’ont de cesse d’humilier publiquement ce dernier ». Elle estime « tout à fait normal » le fait que Michel Gbagbo ait trouvé refuge dans la résidence de son père.

    D’après Me Touré, « Michel Gbagbo est détenu parce qu’il est le fils de son père ». Elle a ainsi mis au pilori la passivité et la figuration de la justice ivoirienne qui, d’après elle, « n’est pas indépendante » et à laquelle « elle ne fait pas confiance ». Elle parle d’une ambiance générale de « silence-radio » par rapport aux opérations qui ont été menées à l’encontre de toute la famille Gbagbo. Par ailleurs, elle a exprimé son regret à propos du classement de l’affaire par le parquet de Paris en avril dernier, rappelant que l’accusation allait se porter comme partie civile.

    « Un travail de vérité »

    L’avocate a lancé un appel de soutien qui, selon elle, ne concerne pas seulement Michel Gbagbo, mais aussi plusieurs personnes détenues politiquement pour des motifs flous et injustifiés : « cette affaire a besoin d’un soutien massif », a-t-elle insisté. Avant de conclure, celle-ci a tenu à rappeler la solidarité de nombreuses personnalités politiques françaises comme Jean-Luc Mélenchon, des parlementaires du Front de Gauche (la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat), l’appel de la Cour de justice de la Cédéao à « garantir les droits et l’état de santé de Michel ».

    La mère et l’avocate du fils Gbagbo ont fait part de leur immense sur le nouveau gouvernement français. Elles ont émis le souhait de voir émerger, avec la promesse de « changement » du nouveau dirigeant français, de « vraies relations franco-africaines ».

    "Cela fait plus d’une année que nous espérons que mon fils soit libéré. Je pense qu’il faut monter en puissance, parce que la situation ne peut pas perdurer. Je vais vous présenter les démarches entreprises auprès des autorités françaises, en coordination avec les avocats de mon fils. Au départ, c’était une prise de guerre (…) Maintenant, il y a une prolongation, au-delà des violences gratuites. (…) Je vais vous lire quelques lignes du témoignage que j’ai recueilli auprès de ma belle-fille, l’épouse de mon fils Michel. «Lorsque les soldats sont entrés à la Résidence, ils nous ont demandé de sortir un par un en ayant les bras levés. En ma présence, l’un deux a braqué son arme sur la tempe de Michel Gbagbo.

    Laurent et Simone Gbagbo ainsi que des ministres sont arrivés, et ont été brutalisés. Ensuite, est arrivé notre tour. A la porte de la Résidence, nous avons tous été brutalisés, dépouillés de nos affaires, nos papiers ont été déchirés. Cela en présence d’une colonne de militaires français positionnés à quelques mètres de la Résidence. J’avais perdu Michel de vue. On nous a fait monter dans des camions et conduit au Golf Hôtel, qui servait de quartier général d’Alassane Ouattara. A la descente du camion, nous avons été de nouveau brutalisés. J’ai retrouvé mes enfants confinés dans une chambre. Je n’ai aperçu Michel que deux jours après, couvert de pansements sur la tête, sur un œil, sur tout le dos. Je suis restée enfermée jusqu’au samedi 16 avril dans une petite chambre où nous étions 32 personnes, hommes, femmes et enfants. A notre sortie, nous avons été sélectionnés. Certains sont restés au Golf Hôtel, dont Michel, ma belle-mère Simone, et d’autres personnes. Depuis cette date, je n’ai plus revu Michel.» (…)

    Le pillage et les dégradations volontaires de la maison de mon fils. La maison a été vidée, considérablement abîmée (…) De même que les logements de nombreux détenus. Ce n’est pas un hasard. Ce ne sont pas des voleurs qui, par pure coïncidence, seraient passés à ce moment-là. (…)

    Le transfert et la détention à Bouna, dans le nord de la Côte d’Ivoire, se sont faits en dehors de tout cadre juridique. Je ne m’étends pas sur les questions juridiques. (…) Le fait de filmer des actes d’humiliation envers les détenus montre une volonté délibérée de porter atteinte à la dignité des personnes. (…) Tout le monde l’a vu sur Internet ! (…) Les conditions de détention ont mis sa vie en danger. Nous le savons par l’avocat, qui a pu faire une seule visite, le toit était incomplet. De l’eau passait, et inondait le matelas. (…) En janvier, mon fils a été victime d’une piqure de scorpion. Un scorpion venimeux, c’est quelque chose qui est grave. (…) Il y a le maintien dans l’isolement, dans l’interdiction de communiquer avec l’extérieur, et de recevoir les visites de la famille, et en particulier les difficultés que rencontrent les avocats pour s’entretenir avec leur client. (…)

    Ma démarche en tant que française, en tant que mère d’un enfant qui a la double nationalité française et ivoirienne, c’est de m’adresser au gouvernement français, c’est mon interlocuteur. Je pense que la responsabilité de la France est engagée avec son soutien militaire à la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara. Ce qui s’est passé, les bombardements, c’est bien l’armée française qui a fair cela. (…) Elle est engagée aussi par rapport aux conséquences. (…) Tout le monde sait qu’en Côte d’Ivoire, il y a une insécurité extrême qui touche les Ivoiriens, qui touche aussi les ressortissants français qui sont là-bas.

    J’ai adressé plusieurs courriers, j’en ai adressé un au président Nicolas Sarkozy. Ce courrier-là est resté sans réponse. J’en ai adressé d’autres à certaines personnalités que je ne souhaite pas citer ici. Certaines m’ont répondu, d’autres non. Mais l’essentiel de mon action a été orientée vers le ministère des Affaires étrangères, du précédent gouvernement, Alain Juppé donc, qui est concerné dans le cadre de sa mission de protection des ressortissants français. J’ai eu des réponses. Mais ces réponses ne prenaient pas vraiment la mesure de la situation. Jamais elles n’abordaient le côté injuste au plan légal et au plan moral de son arrestation et de sa détention, dans les conditions de violence que l’on sait. Et d’autre part, elles n’envisageaient pas de solution pour essayer de sauver Michel de cette situation dramatique. En gros, le ministère m’a assuré que mon fils bénéficiait de la protection consulaire, qu’ils étaient attentifs, et ça en restait là. Il a reçu effectivement à deux reprises – une fois à Bouna, et la seconde fois à Abidjan à la Pisam – la visite d’un agent du consulat.

    Aujourd’hui, j’espère avec plus d’écoute de la part du nouveau gouvernement. J’espère qu’ils y mettront la volonté nécessaire. J’ai envoyé le 25 mai 2012 une lettre au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et le président François Hollande en est également destinataire. Ainsi que d’autres personnes, le président du Sénat, le Premier ministre, etc… (…) Dans cette lettre, je rappelle (…) que mon fils est gardé par des hommes en armes qui lui interdisent tout contact avec ses avocats et sa famille et ceci, nonobstant l’autorisation de visite donnée par le juge d’instruction. Je rappelle (…) que pendant quatre mois, mon fils a été détenu en dehors de tout cadre légal (…) Enfin que du fait de la présence incontrôlée de divers groupes armés, la sécurité va en s’aggravant en Côte d’Ivoire et constitue une menace pour mon fils déjà fortement éprouvé par les conditions de son arrestation et de sa détention. C’est pourquoi je réitère le souhait de voir le gouvernement français œuvrer en vue d’obtenir pour lui un rapatriement sanitaire et humanitaire en France.

    Actuellement, nous sommes dans l’impossibilité de recevoir des informations directes de la part de mon fils. Ce qui laisse la place à toutes les rumeurs. Parfois les rumeurs sont fondées, parfois non. D’où l’intérêt d’une initiative comme celle d’aujourd’hui. Parce que c’est quelque chose qu’on ne peut pas accepter, en France ou à l’étranger. S’il y a un prisonnier, on doit pouvoir entrer en contact avec lui (…) Ne serait-ce que savoir s’il est encore en vie.

    Je crois beaucoup en la complémentarité des démarches individuelles comme judiciaires et des actions visant à faire connaître le sort des détenus politiques ivoiriens, dont je suis solidaire. Je vais attendre d’avoir une réponse de M. Fabius. Si elle ne vient pas très rapidement, je vais de toute façon demander à être reçue par le président de la République, M. François Hollande."

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