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10 mai

  • "François" Hollande ou "Monsieur le président" ?

    "François" Hollande ou "Monsieur le président" ?

    C'est la question que les socialistes n'avaient pas forcément vu venir: faut-il désormais tutoyer ou vouvoyer le nouveau président ? "Avec François Mitterrand, c'était réglé d'avance: c'était vous avant son élection, c'est resté vous après..." relève Olivier Faure, ami et conseiller de François Hollande. Cependant, avec le président élu le dimanche 6 mai, c'est une autre affaire. Après onze ans passés à la tête du Parti Socialiste, de forts liens d'amitié et de complicité se sont forgés avec celui que les socialistes, des plus hauts dirigeants jusqu'aux simples militants, aiment appeler "François". Pour l'heure, au QG, le tu est donc maintenu: "On ne va pas changer nos habitudes", explique un de ses conseillers. Pierre Moscovici confirme: "Je le tutoie toujours et je ne suis pas le seul, le respect du protocole suivra." Toutefois, déjà, des marques de distance sont prises.Naturellement, les petites tapes amicales sur l'épaule, c'est terminé", reconnaît un membre du staff. Et d'autres, comme le maire de Quimper, Bernard Poignant, avouent leur embarras."Il faut à la fois de l'amitié, mais pas de familiarité: en privé, c'est tu, mais en public ce sera vous", tranche cet ami de trente ans, qui a envoyé dimanche 6 mai un courrier de félicitations illustrant le dilemme:" François, Felicitations...Monsieur le président." François Hollande, sur les traces de François Mitterrand

    François Hollande à Château Chinon le 10 mai 2011. Photo Réveil FM, archives

    Le député et président du Conseil général de Corrèze et ancien numéro 1 du PS était le 10 mai 2011 à Château-Chinon (Nièvre) pour les trente ans de l'élection de François Mitterrand à l'Elysée. Photo Réveil FM, archives

    Le candidat socialiste a voulu inscrire son « rêve français » dans l’épopée d’une gauche républicaine et victorieuse.

    Lionel Jospin avait revendiqué un « droit d’inventaire », Ségolène Royal en avait fait une figure tutélaire lointaine. François Hollande, lui, assume sans complexe l’héritage mitterrandien. Tout au long de sa campagne, le candidat du PS n’a cessé de multiplier clins d’œil et références à l’ancien président de la République.

    À Liévin d’abord, en pleine campagne des primaires, là même où en 1994 l’ancien président, à bout de forces, exhortait sa famille politique, réunie en congrès, à l’unité. À Jarnac ensuite, où venu célébrer l’anniversaire de sa mort, il avoue puiser l’inspiration de sa campagne dans la ténacité de François Mitterrand. Et surtout dans sa maîtrise du temps. « Résister aux pressions des humeurs, des modes, des habitudes, choisir son moment, ralentir pour mieux accélérer… », détaille celui qui, jusqu’au bout, tentera d’être fidèle à cette règle.

    Puis à Carmaux, terre de Jean Jaurès où son prédécesseur avait lancé la campagne de 1981 et où il espère, victorieux le 6 mai, « être venu pour que la boucle soit bouclée ». Enfin, à Nevers le 1er mai, pour un hommage à Pierre Bérégovoy dans le département d’élection de l’ancien président, et à Toulouse où, comme lui, il a achevé sa campagne. « Je ne suis pas encore convaincu par les forces de l’esprit… Mais qui sait si, aujourd’hui, elles ne nous portent pas, elles aussi ! », a-t-il lancé à cette occasion.

    L’habilité tactique

    Non pas que François Hollande soit un mitterrandiste acharné. S’il fait partie de la pépinière Mitterrand – il a adhéré au PS en 1979, a participé à sa campagne victorieuse de 1981 et a été conseiller à l’Élysée –, il a peu fréquenté l’ancien président de la République, n’a jamais fait partie de son premier cercle et se rapproche dès 1985 de Jacques Delors. Se définissant comme « social-démocrate » depuis toujours, il prend ses distances avec les dérives princières du second septennat.

    Mais de sa proximité avec l’ancien président socialiste, il aura sans doute retenu l’habilité tactique. Comment ne pas voir l’empreinte de son mentor dans son appel au rassemblement, dans sa façon de labourer le terrain, dans sa gestuelle de campagne ? Comment ne pas penser au discours sur les « puissances de l’argent », lorsqu’au Bourget, il désigne la finance comme ennemie ?

    Surtout, l’ancien premier secrétaire du PS, qui souhaite se considérer « non pas comme une réplique mais comme un successeur », a voulu marcher dans ses pas pour inscrire « son rêve français » dans une épopée, celle d’une gauche républicaine et victorieuse pour laquelle 1981 n’aura pas été « une exception » mais l’annonce « d’autres alternances ». « François Mitterrand disait qu’il faut toujours revenir à Jaurès pour comprendre le sens de l’Histoire, rappelait-il à Carmaux. Eh bien maintenant, c’est notre tour de gérer, de diriger la France et de nous inspirer de ces grandes figures, de ces expériences, de cette Histoire qui nous élève. »

    Les présidents de la Ve République

    1958-1969: Charles de Gaulle (droite, démission en cours de mandat)

    1969-1974: Georges Pompidou (droite, décédé en cours de mandat)

    1974-1981: Valéry Giscard-d'Estaing (droite, battu au moment de briguer un second mandat)

    1981-1995: François Mitterrand (gauche, deux septennats, le plus long règne de la Ve)

    1995-2007: Jacques Chirac (droite, un septennat puis un quinquénat)

     

    2007-2012: Nicolas Sarkozy (droite, battu au moment de briguer un second mandat)

    2012-...: François Hollande (gauche)

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