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Les hommages de François Hollande

Les hommages de François Hollande

Le président a rendu hommage aux pendus de Tulle. Mais la mort de quatre soldats en Afghanistan a bouleversé ses priorités.

François Hollande à Tulle le 9 juin.

"Les rites permettent de trouver les rythmes", aime dire François Hollande. Mais, parfois, les rites sont bousculés. Samedi, comme tous les 9 juin depuis 1988, année de sa première victoire législative, il doit rendre hommage aux 99 martyrs qui, en 1944, furent pendus aux balcons et aux lampadaires de la ville, triés à l'aveugle par l'armée allemande. Il veut que son nouveau statut de président de la République change le moins possible ses habitudes.

À 7 heures du matin, il monte dans sa voiture, à Paris. Mais à 9 heures, un coup de fil de son chef d'état-major particulier Benoît Puga lui apprend que quatre soldats français ont été tués en Afghanistan. L'hommage va devoir s'ajouter à l'hommage. Les kilomètres qui le séparent de son fief corrézien défilent et la décision est prise : la traditionnelle virée au marché est annulée. "Les images d'embrassades n'étaient plus possibles avec quatre morts en Afghanistan", glisse un conseiller. Cinq soldats ont également été blessés dans l'attaque, trois grièvement.

À son arrivée, le président se rend directement au Terminus, un hôtel-restaurant en face de la gare. Il y rencontre le comité des Martyrs, puis s'en va déjeuner à La taverne du sommelier avec ses anciens collaborateurs du conseil général, à une centaine de mètres de la place de la Cathédrale où il a prononcé le 6 mai dernier le discours de sa victoire.

"Des visages de soldats que j'ai rencontrés"

À 15 h 30, l'ancien président du conseil général de la Corrèze se présente face à la presse dans la belle bâtisse qui abrite la préfecture du département. C'est le chef de l'État qui s'exprime, une allocution de quatre minutes, à la seconde près. "Un hommage national sera rendu aux victimes et les blessés seront rapatriés dans les meilleurs délais", dit-il. Pour l'hommage, ce sera jeudi, aux Invalides à Paris. François Hollande avait annoncé durant sa campagne qu'il anticiperait le retrait des troupes françaises d'Afghanistan, il précise pour la première fois que ce retrait commencera en janvier.

Plus tard, sur les hauteurs de la ville, il assure à quelques journalistes que "ce qui s'est passé ne change rien, ni n'accélère, ni ne ralentit le retrait". Mais il admet que "c'est une opération qui comporte un danger" : "Il y a toujours un risque." Lui qui s'est rendu le 25 mai sur la base de Nijrab d'où sont partis les soldats victimes lâche : "Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai immédiatement vu des visages de soldats que j'ai rencontrés."

L'Élysée évoque le nombre de "200 à 300 hommes" qui partiront d'Afghanistan le mois prochain, puis il faudra attendre le mois d'octobre "à cause de la période de floraison". Et "le plus gros du matériel sera retiré après janvier".

Sa roche de Solutré

François Hollande s'adapte, mais n'oublie pas ses rites. Peu avant 17 h 30, il dépose une gerbe sur la stèle "à la mémoire des victimes du nazisme", avant de se lancer dans la traditionnelle marche - deux kilomètres - qui le mène en haut de l'une des sept collines de la ville, où deux autres stèles attendent l'hommage : dépôt d'une gerbe de nouveau, lecture par les jeunes Tullistes des 99 noms des sacrifiés, chant des Partisans.

La procession prend vite des allures de déambulation, encore plus quand la pluie se met à tomber, comme elle s'est acharnée à le faire durant toute la campagne présidentielle, et sur ses premiers pas de président. Encadré de sa compagne Valérie Trieweiler et du maire de Tulle Bernard Combes, nommé conseiller technique à l'Élysée, Hollande embrasse tout le monde, et le monde est nombreux, signe "amicalement" des autographes, promet de se rendre "s'il a le temps" à un championnat du monde de pétanque à Marseille en octobre.

Le pèlerinage en rappelle un autre, et dans la foule, Marion, 28 ans, et Anne, 52 ans, sont là pour le faire remarquer au président : "On vient de Solutré !" lui lancent-elles au moment de l'approcher.

"François Mitterrand a fait de l'ascension de la roche de Solutré (Saône-et-Loire) à la Pentecôte, de 1946 à 1995, son rituel.

"On a fait la dernière ascension de Mitterrand, j'avais 11 ans !" lance Marion. Anne raconte : "Marion, petite, a fait la bise à Mitterrand !" Et voilà Hollande qui l'embrasse sur les deux joues. "Les rites apportent les rythmes", et les embrassades demeurent.

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